radio air libre : qui sommes nous?

       
radio air libre

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Financement
de Radio Air Libre

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Site mis à jour le 8 février 2010

 

Qui sommes-nous ?

Radio Air Libre est une radio socioculturelle reconnue par la Communauté française de Belgique. Sans sponsor et sans publicité, elle est gérée et financée par ses membres, animatrices et animateurs.

Depuis sa création en 1980, Radio Air Libre existe pour celles et ceux qui trouvent trop souvent porte close dans les médias traditionnels.

La programmation de la radio est une vaste mosaïque : émissions musicales, émissions à destination des communautés immigrées, des homosexuel(le)s ou des détenu(e)s ainsi que des émissions beaucoup plus personnelles où musique et paroles forment un tout original.

Pour conserver sa totale liberté d’expression, Radio Air Libre est complètement indépendante de tout groupe politique ou commercial. Depuis 1980 des centaines de personnes ont assuré l'existence de la radio. Nous envisageons la radio comme un dialogue et non comme un rinçage d’oreilles pour «branchés».

Radio Air Libre

365 Chaussée d'Alsemberg,  1190 Bruxelles

Tél :  +32 2 344 58 55

radioairlibre@skynet.be

 

N° de compte  001-0737152-28                                 No © - Copyleft Attitude

   Radio Air Libre Asbl 1980/2010


En France aujourd'hui, en Belgique demain

Radios libres en lutte

D'ici 2012, toutes nos radios devront passer au numérique, en France elles doivent déjà répondre aux appels d'offre du CSA pour le 1er Octobre 2008.

Si la situation en France n'est pas identique à celle que nous connaîtrons en Communauté Française de Belgique (normes techniques différentes) la problématique du passage au numérique est la même.

Et les retombées pour la libre expression risquent d'être similaires partout dans l'UE.

Le coût d'accès à la diffusion audionumérique sera le premier obstacle majeur pour les radios associatives d'expression qui subsistent encore en Belgique, et qui, rappelons le, n'ont toujours aucun subside.

Ensuite, la technique du multiplexage les obligera à passer par un fournisseur de services (payant) avec comme corollaire immédiat la perte de leur autonomie et un risque certain pour leur indépendance, leur liberté d'expression, de ton et de contenu. Comme sur Internet, le serveur pourrait-il à tout instant interrompre nos émissions ? Actuellement les radios associatives socioculturelles et non commerciales sont totalement indépendantes en matière de diffusion de leurs programmes. Elles les créent et en assurent la diffusion car elles sont propriétaires de leurs moyens techniques : matériel basse fréquence, émetteur et antenne. Lorsqu'on entrera dans l'ère numérique, c'en sera fini de notre autonomie en tant que diffuseur.

Il est temps de s'y préparer et le texte et la pétition de "Radios libres en lutte " illustre parfaitement les problèmes qui nous attendent.

"Dans notre société marchande, ce qui n'est pas rentable est parasite, ce qui n'est pas consensus et soumission à la pensée unique est nuisible."

France

Appel des radios en lutte
"Les radios libres au crible du numérique"

Ce texte est un communiqué commun de Radios en lutte - si vous êtes une radio associative non-commerciale ou un média du tiers-secteur et que vous souhaitez vous y associer, ou bien si vous êtes une auditrice/un auditeur et que vous voulez signer la pétition, voir en bas de page comment procéder.


Il y a plus de 25 ans, le mouvement des radios libres faisait tomber le monopole d’Etat sur la radiodiffusion et ouvrait la bande FM aux multiples expressions sociales, culturelles, politiques et musicales - aujourd’hui, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel lance la radio numérique terrestre (RNT) dans des conditions qui mettent en péril les actrices et continuatrices de ce mouvement, les radios associatives non commerciales, dites de catégorie A. Le remplacement de la diffusion en FM par celle en numérique est présenté comme une évolution strictement technique, permettant de diffuser davantage de stations et d’associer au son des données supplémentaires (nom de l’émission et des invités, publicités, pochettes d’albums, météo...). Nous y voyons une mise en danger des radios associatives non commerciales, une volonté d’uniformisation du paysage radiophonique et la consécration d’une conception technocratique de l’audiovisuel. La « diversité » numérique s’annonce davantage comme la multiplication de programmes clonés que comme une ouverture aux alternatives, aux minorités et aux expérimentations.

Une logique de colonisation

La confusion et la précipitation dans lesquelles se fait cette transition jouent en faveur des industriels, des antennes commerciales et des grands réseaux de radios : principaux bénéficiaires de la radio numérique, qui leur permettra d’accroître leur maillage du territoire, ils sont aussi les seuls à disposer des compétences techniques et des outils financiers qu’elle impose. Une consultation publique organisée en octobre 2006 par le CSA mentionne de manière explicite les inquiétudes des associatives (cf. ici), sans que l’appel à candidatures numériques de 2008 en tienne aucunement compte. Ce dernier a été lancé de manière abrupte, sans concertation et sans que la spécificité des radios de catégorie A (1) soit prise en considération : prioritaires sur le premier appel mais pas sur les suivants, on les contraint à demander une fréquence numérique sans leur donner les moyens de l’exploiter. Elles qui n’ont pas d’intérêt particulier à passer au numérique, étant donné qu’elles diffusent en local et ne seront pas nécessairement en mesure ni désireuses de développer les fameuses « données associées », risquent tout simplement de se retrouver sans aucune fréquence lorsque la bande FM sera éteinte. L’État, les réseaux et les industriels organisent et vantent la ruée vers le numérique, mais dans le même temps les fréquences associatives non commerciales sont averties, comme aux débuts de la FM, que les places seront rares : l’éviction d’un certain nombre d’entre elles se prépare ainsi, à un moment où dans leur ensemble les médias du tiers secteur, c’est-à-dire associatifs et non commerciaux, sont précarisés plutôt que soutenus.

Une logique de rentabilité

Les radios de catégorie A sont principalement subventionnées par le Fonds de Soutien à l’Expression Radiophonique (FSER), créé suite à la libération des ondes, et approvisionné par une taxe prélevée sur les revenus publicitaires de l’audiovisuel commercial et public. La fin de la publicité annoncée sur les médias de service public risque d’entraîner dès 2009 une baisse de 30 % des fonds du FSER, donc une coupe proportionnelle des subventions qu’il reverse aux antennes non commerciales. Le passage au numérique, censé se faire au même moment, représente un coût considérable pour les radios : investissement en matériel, formation à la nouvelle technologie, et double diffusion (sur la bande FM et sur la bande numérique) à assurer pendant plusieurs années. Or à ce jour, non seulement aucune compensation du FSER n’est décidée pour qu’il puisse maintenir ses subventions, mais aucun financement spécifique n’est effectif pour le passage au numérique – et ce dans un contexte de baisse généralisée des aides publiques, qui affecte l’ensemble du secteur associatif. Lors de la consultation publique du CSA, proposition a été faite d’adopter le must-carry : en vigueur notamment aux Etats-Unis, il oblige les diffuseurs à héberger gratuitement les antennes locales sans but lucratif - la suggestion n’a pas été retenue. La réalité des radios sans publicité ni profit est tout simplement ignorée dans ce passage au numérique - il en va d’elles comme, par exemple, des minimas sociaux, de certaines prises en charge médicales, ou de la recherche fondamentale : ce qui n’est pas rentable pourrait aussi bien disparaître.

Une logique de contrainte

Actuellement, chaque radio choisit son diffuseur ou bien s’auto-diffuse, et émet ainsi sur la fréquence qui lui a été attribuée par le CSA. Avec le passage au numérique, les radios devront nécessairement passer par un nouveau prestataire technique appelé « multiplexeur », chargé de coordonner la diffusion de neuf programmes sur une même fréquence. Le multiplexage signe donc la fin de l’autodiffusion, et inaugure une double obligation : celle de transiter par un prestataire, et celle de se pacser avec huit autres radios pour être diffusées. Les tarifs des multiplexeurs seront fonction de la qualité d’écoute et de la nature des « données associées » - il existe donc un risque certain que ces prestataires privés jouent un rôle dans l’attribution des places des radios (ce qui était en FM du ressort du seul CSA).

Une logique de verrouillage

Une norme unique de diffusion, nommée T-DMB (Terrestrial Digital Multimedia Broadcasting), a été imposée : il ne s’agit pas d’une norme audio mais vidéo, dont les tests en radio n’ont pas été convaincants, et à qualité sonore équivalente, elle est plus onéreuse et permet de diffuser moins de radios que d’autres normes. Elle a été conçue par des industriels sud-coréens pour la Télévision Numérique Coréenne. En 5 ans, seuls 20% de la population du pays se sont équipés. Étonnamment, la France est le seul pays en Europe à avoir choisi cette norme, nos voisins européens ayant opté pour le DAB ou le DRM (norme non propriétaire). Ce choix a été poussé par les antennes commerciales et les réseaux de radios, qui voient dans les « données associées » l’opportunité d’un nouveau support publicitaire et spectaculaire. Comme précédemment en matière de logiciels ou d’échanges de données, le numérique est employé pour verrouiller des accès alors qu’il aurait été l’occasion d’une plus grande ouverture.

Une logique de consommation

Les récepteurs numériques coûtent actuellement 6 fois plus cher qu’un transistor classique - leur prix va certainement baisser au fil des années, il n’en reste pas moins que de nombreuses personnes n’auront ni les moyens financiers ni l’aisance technique pour accéder à cette technologie. Un certain nombre de radios restées libres ont fait le choix, social, politique, culturel, de donner la parole à ceux qui ne l’ont pas : les quartiers populaires, les non-professionnel-le-s, les non-spécialistes, les communautés immigrées, le mouvement social, les actrices et acteurs des luttes, les initiatives culturelles non commerciales... Alors que l’accès à internet reste encore très inégal, la radio numérique risque fort d’accroître le fossé en terme d’accès à l’expression, à l’information et aux nouvelles technologies. La radio, qui est en FM un média simple d’accès et quasiment gratuit, deviendrait un outil technologique discriminant.

Mais nous sommes illogiques, et nous durerons longtemps/

Que les radios de catégorie A souhaitent ou non répondre à l’appel à candidatures sur la RNT, elles sont de toutes façons piégées puisqu’elles n’ont en l’état aucun moyen d’émettre en numérique. Par conséquent, nous demandons : que la bande FM soit maintenue sur le long terme ; que le passage au numérique n’occasionne aucune suppression de radio associative non commerciale ; que soit réservée sur la bande numérique une part pour les radios de catégorie A au moins égale à celle de la bande FM ; qu’une procédure de déclaration d’intérêt soit mise en place immédiatement pour les radios de catégorie A émettant actuellement en bande FM, leur garantissant une priorité sur l’ensemble des appels à candidatures (et non seulement le premier), qu’elles puissent effectuer la transition vers le numérique quand elles le souhaiteront ; un doublement de l’approvisionnement du FSER, une subvention couvrant les frais d’équipement et d’exploitation numériques, et l’adoption en France du must-carry, c’est-à-dire l’obligation de diffusion gracieuse et équitable des radios associatives non commerciales par les radios de service public et commerciales.

Les premiers signataires de ce communiqué sont indiqués ici.

Pour soutenir l’appel :
Si vous êtes une radio ou un média sans but lucratif, contactez-nous sur radiosenlutte@free.fr  pour être ajouté aux signataires.
Sinon, allez voir sur le site de  Radios en lutte. L’objectif de ce site est de mettre à disposition informations et analyses sur la question, pour les radios comme pour les auditrices et auditeurs, de relayer la mobilisation des un-e-s et des autres, et de poser l’enjeu dans le débat public.

Le jeudi 4 juin 2008, par Radios en lutte

(1) France - Radios de Catégorie A : Radios associatives accomplissant une mission de communication sociale de proximité et dont les ressources publicitaires ou de parrainage son inférieures à 20% de leur chiffre d'affaire total

 

RETOUR


Le CSA fête ses 10 ans
loin des usagers et des médias associatifs…

Mis en ligne le 4 octobre 2007

Pour fêter ses 10 années d’existence, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) organisait le 21 septembre dernier un colloque sur "Les nouvelles frontières de la radiodiffusion". Un terme un peu dépassé pour un concept qui intègre bien plus que la radio ou la télévision, et pose des questions sur les nouveaux et futurs modes de diffusion de contenus audiovisuels, via le numérique, l’internet ou encore la téléphonie. Le colloque du CSA voulait questionner "les innovations technologiques, l’évolution du marché, les nouvelles habitudes de consommation et le repositionnement des acteurs" qui ont "profondément bouleversé le paysage audiovisuel" ces 10 dernières années. Un questionnement d’autant plus actuel que la Communauté française est appelée à transposer en droit interne, d’ici fin 2009, une nouvelle directive européenne sur les services de médias audiovisuels [1]. Il était donc assez intéressant que l’organe de régulation de la Communauté française profite de l’occasion pour mettre ces questions en débat. Alors, "régulation", "co-régulation" ou "auto-régulation" ? A en croire le cynisme ambiant et les perspectives européennes, les marchands de "temps de cerveau humain disponible" [2] ont de beaux jours devant eux…

En pénétrant dans l’ambiance feutrée de l’ancienne Bibliothèque Solvay, devenue un lieu de réceptions et de séminaires huppés apprécié des lobbyies (notamment pour sa proximité immédiate avec le Parlement européen) et des compagnies multinationales, on est tout de suite frappé par l’homogénéité du public. Le colloque, accessible sur invitation et qui affiche complet depuis plusieurs jours, a attiré un public composé essentiellement de professionnels, représentants de médias privés, juristes, cabinets de consultance, auxquels se mélangent quelques observateurs extérieurs. Il est remarquable de constater que les travailleurs du service public sont absents. Et qu’à l’exception de quelques (ex) cabinettards, aucun politique ne s’est déplacé : ni la Ministre de l’Audiovisuel, ni un seul parlementaire. Il en va de même pour le monde socio-culturel, les associations d’usagers, dont on peut douter qu’ils aient été invités.

Ce n’est pas la tonalité dominante des discours tenus tout au long du colloque, ni la composition des trois panels proposés, qui permettront de démentir cette impression de confinement. Nous sommes à l’intérieur d’un monde fermé, dans un dispositif plus propice au corporatisme qu’à un réel débat public. Ici, on ne parle pas de citoyens, ni même de spectateurs, on dit : "consommateurs". "Le marché" est au coeur des débats, la notion d’espace public n’est jamais évoquée.

L’intervention de la commissaire européenne Viviane Reding, s’affichant comme garante du libre marché, du libre marché et encore du libre marché, ne dénote pas dans ce contexte. Vantant les mérites de sa nouvelle directive — dont l’adoption définitive est prévue en novembre et qui assouplit sensiblement le cadre réglementaire notamment en terme de publicité — Mme Reding plaide pour que les Etats membres la transposent en droit national avec une "light hand" ("main légère"). "Je demande aux Etats membres de ne pas surcharger la barque réglementaire", tient-elle à préciser.

Quelle place pour les médias "du troisième type" ?

Le CSA m’avait demandé de prendre part à un débat intitulé : "Quelle réglementation pour les services linéaires et non linéaires ?" Le sous-titre, étayé par une note de préparation de 20 pages, spécifiait les questions qui seraient abordées : "autorisation, transparence et pluralisme, diversité culturelle…". J’étais invité à la fois en tant que membre de Radio Panik [3], l’une des radios d’expression que compte encore la Communauté française, et pour mon expérience au sein du Cinéma Nova [4], où nous nous intéressons depuis des années à l’essor de télévisions "citoyennes", "communautaires", "locales" (mais pas sur le modèle qu’on connaît en Belgique), "de quartiers", aux quatre coins du monde. Un phénomène qui s’avère quasi-inexistant en Belgique, essentiellement pour des raisons législatives et non technologiques.

J’avais donc l’intention d’extrapoler l’exemple des radios associatives (et, dans une moindre mesure, celui des ateliers de production qui existent dans le champ de la création sonore et du cinéma) aux domaines de la télévision, de l’internet et du numérique. L’exercice est intéressant pour défendre l’idée d’un "tiers secteur audiovisuel" [5], associatif et non marchand, qui soit soumis à des critères et à des dispositifs distincts de ceux prévus pour les médias publics et commerciaux. Un raisonnement d’une grande simplicité, puisqu’il se résume à étendre à l’audiovisuel le principe, si cher aux yeux de la Communauté française, de la démocratie culturelle. Mais une logique qui n’est pas dans l’air du temps, car elle invite à réfléchir sous l’angle de l’espace public et affirme la prépondérance du politique — absent du colloque — sur le marché et sur les questions technologiques.

Permettre l’émergence et soutenir l’existence de médias dits "du troisième type", non régis par le marché ni dépendants du politique, serait un acte cohérent avec les politiques culturelles de la Communauté française : démocratie culturelle, démocratie participative, démocratisation de la culture, éducation permanente... Face aux phénomènes de concentration de l’industrie des médias, du divertissement et de la communication, et alors que le service public s’est converti à la concurrence de marché et ne compte même plus remplir ses missions premières, il s’agit de préserver et de créer des espaces de liberté, d’expérimentation, de créativité ; des médias qui réinvestissent l’aspect local, échappent au formatage du langage et des formats audiovisuels, refusent la publicité, permettent une appropriation "citoyenne" et une éducation critique des médias, privilégient l’expression de catégories de la population qui en sont habituellement privées…

Ce ne sont pas de nouvelles technologies qui rendront possibles l’avènement de tels médias, c’est la volonté politique [6] : adaptations décrétales et mise en place de dispositifs de soutiens, par exemple en faisant contribuer techniquement ou financièrement les éditeurs, diffuseurs et opérateurs commerciaux. Notons d’ailleurs que certaines évolutions technologiques, si elles ne sont pas encadrées judicieusement, vont désavantager et menacer les médias associatifs existants — à cause des coûts d’équipement ou de la nécessité de passer par l’intermédiaire d’opérateurs privés pour la diffusion. A moins, bien sûr, que la réglementation ne prenne en compte cette dimension… Or les réglementations européennes ignorent la possibilité que de tels éditeurs de service soient habilités à produire et à diffuser des contenus, nécessitant donc un traitement législatif adapté. Est-ce par incompatibilité avec la vision européenne de la libre concurrence ? Si c’est réellement le cas, on dira adieu à terme à une série de spécificités des politiques culturelle ou audiovisuelle de la Communauté française : les ateliers de production et de création, les aides à la production, le subventionnement des cinémas d’art et essai ou encore celui, tant promis et toujours pas existant, des radios associatives…

Le Martien de service

Tout en écoutant le premier panel, animé par un membre d’un cabinet international spécialisé en droit de la concurrence ; en assistant aux circonvolutions de Jean-Paul Philippot demandant "du pragmatisme" et "un peu d’humilité dans le chef de la Communauté française" ; ou encore à la déclaration de François Le Hodey (administrateur délégué d’IPM qui édite notamment "La Libre Belgique" et "La Dernière Heure"), expliquant que son principal métier c’est désormais l’internet… la raison de ma présence devenait claire. Il s’agissait d’offrir au second panel ce que le représentant des télévisions communautaires (RTC-Télé Liège) offrait à celui-ci : un apparat de pluralisme, un improbable rôle de figurant. Le Martien de service…

Le CSA a aussi choisi de confier la modération du second panel à un représentant du monde juridique. C’est Agnès Maqua, membre de Koan [7], un cabinet spécialisé dans les stratégies légales et travaillant pour le compte de grands groupes de communication, médias généralistes et agences de publicité. La mise en contexte est néanmoins confiée à un membre du CSA, qui pose certaines questions notamment sur les dangers de la concentration médiatique (par exemple, le groupe RTL, qui appartient à Bertelsmann — premier groupe européen de communication et le quatrième au niveau mondial —, possède lui-même deux réseaux radio en Communauté française : BelRTL et Radio Contact, sans compter Mint et Fun Radio) et de l’apparition de positions dominantes chez les opérateurs (Belgacom est à la fois éditeur, diffuseur et opérateur technique). Des questions qui ne trouveront aucun écho dans la discussion.

Le tour de table se focalise sur les stratégies des pointures qui ont fait l’honneur de leur présence : Jérôme de Béthune, qui remplace l’administrateur délégué de TVi Philippe Delusinne ; Jean-Charles De Keyser, vice-président de Belgacom TV et patron de Skynet, venu remplacer Didier Bellens ; et dans une moindre mesure Jean-Louis Blanchard, remplaçant pour sa part le Secrétaire général de la Communauté française Henry Ingberg. D’emblée, "Agnès" est à tu et à toi avec "Jean-Charles" et "Jérôme". Je remarque que ce dernier, assis à mes côtés, lit des réponses pré-écrites. Il a bénéficié d’un petit traitement de faveur : les questions posées par Agnès Maqua lui ont été communiquées à l’avance. Entre amis, quoi de plus normal ? Mais le secrétaire général de RTL-TVI occupe une position plus qu’ambiguë dans ce colloque, sa chaîne ayant officiellement déménagé au Luxembourg pour ne plus être sujette au droit de la Communauté française et échapper aux prérogatives du CSA [8]. Il évite d’être provocateur et souligne surtout l’intérêt de son groupe pour le secteur de la web TV, qui se confirme avec le lancement de "You make TV", le futur "You Tube à la belge".

Jean-Charles De Keyser, quant à lui, n’a pas besoin de suivre le texte qu’une collaboratrice lui a préparé. Outre son habituel bagout, il dispose de deux assistantes assises au premier rang lui communiquant de petites notes au gré de la discussion. L’ancien enfant sacré de RTL aime parler, il laisse même entrevoir sa vision de la "co-régulation". Les chaînes pour lesquelles il a travaillé, explique-t-il, ont toujours été "en avance sur le droit" ; par exemple lorsqu’elles diffusaient de la publicité en dépit d’une interdiction légale. Mettez-vous un instant dans sa position : comment ne pas être séduit par cette "co-régulation" où le privé s’impose au politique par des faits accomplis ? En échange, il est vrai, d’une contribution financière à l’un ou l’autre pot commun — plus spécifiquement le Centre du Cinéma cher aux yeux du Ministère de l’Audiovisuel.

Pour terminer sur une touche de cet humour potache dont certains grands patrons ont le secret, voilà que De Keyser félicite son ancien employeur pour sa "participation volontaire" à la caisse du Centre du Cinéma, alors que son nouveau statut luxembourgeois ne l’y oblige plus. Ce clin d’oeil amusé à RTL, ainsi qu’au Ministère, fait allusion à ce "geste" de la télévision luxembourgeoise qui est considéré comme le fruit d’un accord à l’amiable avec la Communauté française. L’intervention de Jean-Louis Blanchard va d’ailleurs le confirmer : la Communauté jure avant tout par le financement du Centre du Cinéma…

Et voilà que vient mon tour. Je ne m’offusque pas quand la modératrice se moque gentiment de moi, du nom de la radio que je représente, et n’évoque ni le Nova ni les télévisions associatives. Mais lorsqu’elle me donne la parole, en fin de tour de table, c’est uniquement pour répondre à "une petite question" sur la diffusion radio non linéaire. Un domaine d’activités dans lequel, actuellement, les radios du troisième type ne peuvent pas même envisager développer des projets. Je fais cette précision… En l’absence de statut les distinguant des autres radios "privées" [9], les radios d’expression sont soumises par la Communauté française et le CSA à des critères qui ne leur correspondent pas, elles sont taxées par la SABAM et la "Rémunération équitable" au même régime que les radios commerciales et se débrouillent avec des budgets ridiculement bas (en moyenne, 10.000 euros par an). Par contre, depuis 10 ans, les radios commerciales qui accumulent des bénéfices publicitaires plantureux refusent de contribuer au fonds d’aide à la création radiophonique. Elles arguent de l’absence de plan de fréquences FM [10] pour ne pas s’acquitter de cette obligation du décret sur l’Audiovisuel. Pendant ce temps, la publicité passe chaque jour sur leurs ondes et la Communauté française retarde, encore et encore, la mise en place d’un subventionnement des radios associatives.

Mais faire ce rappel préalable, parler de diversité culturelle par ce biais, c’est manifestement tenir un discours d’une autre planète (ou d’un autre âge) dans le colloque du CSA. Décalé. Hors propos. La modératrice semble tout ignorer de l’histoire et de la réalité des médias associatifs — situées il est vrai à cent mille lieues des enjeux de ses clients habituels —, et cela ne semble pas l’intéresser. D’ailleurs, elle décrète mon temps de parole déjà écoulé. Rideau. Pause déjeuner. Je n’ai pas le courage d’attendre le troisième panel, dans lequel le CRIOC [11] tiendra à son tour le rôle de représentation symbolique dévolu aux médias associatifs et aux associations d’usagers. Certes, il ne faut sans doute pas espérer du CSA qu’il organise des débats différents de ceux auxquels la télévision nous a habitués. Mais la différence c’est que pour la télévision, au moins, il existe une instance de régulation… qui veille au grain, "garantit la pluralité des opinions", "stimule la diversité culturelle" et fait "respecter les temps de parole" !

Plus grave, le dispositif voulu par le CSA en dit long sur l’état des forces actuel dans le secteur audiovisuel. Trusté par les groupes privés, le colloque reflétait-il l’état des réflexions au sein de l’instance de régulation ? Et quid de la position de la Communauté française, qu’on n’a pas entendue ? Alors que le Gouvernement va renouveler dans quelques semaines le Bureau du CSA et reproche à sa Présidente actuelle, détestée par Delusinne et Philippot, "d’être trop indépendante du pouvoir politique" [12] ; alors que la récente formation du nouveau Collège d’Avis a déjà donné lieu à une sur-représentation des producteurs, distributeurs de services audiovisuels et autres régies publicitaires [13] ; et à l’heure où l’adoption de la nouvelle directive européenne sur les services de médias audiovisuels et sa transposition en droit national sont imminentes… il est plus que temps de s’en inquiéter.

Gwenaël Breës

[1] Lire : "Commission européenne : Projet de directive sur les services de médias audiovisuels", Observatoire européen de l’audiovisuel. Lire aussi : "Parlement européen : Première lecture de la Directive sur les services de médias audiovisuels", Institut du droit de l’information (IViR), Université d’Amsterdam.

[2] Selon l’expression du patron de TF1, Patrick Le Lay, cité dans "Les Dirigeants français et le changement", collectif d’auteurs, éditions Huitième Jour, juin 2004.

[3] Site de Radio Panik : www.radiopanik.org.

[4] Site du Cinéma Nova : www.nova-cinema.org.

[5] A propos de l’historique du tiers secteur audiovisuel en France, plusieurs articles sont proposés sur le site d’Acrimed (Observatoire des médias).

[6] A ce sujet, lire "Le tiers secteur, premier entrepreneur de l’audiovisuel local", Christian Pradié, "Les Dossiers de l’audiovisuel" n°95, janvier-février 2001.

[7] Cabinet Koan : www.koan.be.

[8] Lire : "Pour le CSA, RTL-TVI est bien Belge", Pierre-François Lovens, "La Libre Belgique", 1er décembre 2006.

[9] Lire "Revendications des radios encore libres".

[10] Lire : "Plan de fréquences : quand diversité rime avec parts de marché", carte blanche des radios associatives.

[11] Centre de recherche et d’information des organisations de consommateurs.

[12] Lire : "Evelyne Lentzen bientôt "débarquée" du CSA", Pierre-François Lovens, "La Libre Belgique", 26 septembre 2007.

[13] Lire : "Nominations contestables au Collège d’Avis du CSA : Vive les publicitaires ! Vive Delusinne !", Bernard Hennebert, "Le Journal du Mardi", 26 juin 2007.

 

                                                                                           


Revendications des  radios encore libres :

-    La reconnaissance d’un statut spécifique.
-    Leur financement.
-    Le plan de fréquences.

★ ★ ★

Texte des radios libres non commerciales,
lu aux états généraux de la culture le 2 juin 2005

Avant de commencer mon intervention, je tiens à vous remercier Madame La Ministre, de nous donner l’occasion de vous exposer « en direct », quelques unes de nos préoccupations.

Lorsque je parle de nos préoccupations, il s’agit de celles de quelques radios au nom desquelles je prends la parole aujourd’hui, de quelques radios privées … de statut, de subsides et de fréquences convenables !

De radios qui ne se reconnaissent pas quand on les appelle privées.

De radios qui n’acceptent pas qu’un décret les classe dans la catégorie fourre tout que l’on nomme « radios indépendantes ».

 Ces radios veulent que l’on reconnaisse leurs spécificités : elles sont associatives, culturelles et même multiculturelles, elles sont rurales, universitaires, communautaires ou du troisième type, comme on les appelle parfois. Ce sont autant de voix différentes dans la jungle des ondes et la plupart existent depuis vingt cinq ans.

 Si je prends la parole aujourd’hui c’est pour vous faire part de ce qu’il faut bien appeler nos revendications. J’aborderai trois points qui nous paraissent essentiels

-    La reconnaissance d’un statut pour nos radios.
-    Leur financement via le fonds d’aide à la création.
-    Le plan de fréquences.

 Commençons par le statut.

 Dans un premier temps, les lois, décrets et arrêtés reconnaissaient explicitement l’existence de plusieurs catégories de radios, notamment des radios culturelles et socioculturelles. Mais, depuis le décret d’inspiration libérale et marchande, de 2003, nos radios sont quasiment ignorées. Seuls existent les réseaux et les radios indépendantes, à côté du service public, bien évidemment, et aussi des radios d’écoles.

 Nous souhaitons vivement que, comme en France, comme au Québec, comme en Communauté française avant 1997, la loi, décret ou arrêté, qu’importe, reconnaisse explicitement nos différences, nous distingue des radios indépendantes et nous garantisse un statut.

 Indépendantes, nos radios le sont, mais cette qualification est un peu courte.

 Faites par des citoyens pour les citoyens, elles sont indépendantes de tout groupe financier, de tout parti, de tout syndicat et elles sont avant tout indépendantes d’esprit et n’ont pas le moindre but lucratif.

 Nos radios font un travail culturel et social spécifique que l’on retrouve à la fois dans le contenu des programmes, dans les musiques diffusées, mais aussi et surtout au travers des associations, groupes et individus auxquels elles donnent la parole. Ce sont les seules, par exemple, qui, au jour le jour, offrent un espace d’expression aux communautés étrangères ou d’origines étrangères.

 Dans nos radios il n’y a pas de formatage musical dicté par le marché du disque, nous passons des groupes et chanteurs qui sont peu ou pas entendus ailleurs, dont les textes et les  musiques n’ont rien à voir avec des produits commerciaux standardisés. Il n’y a pas non plus de formatage en terme d’information, imposé par la diffusion de spots publicitaires, ou par des schémas du type « music and news ». Lorsque nous traitons ou que nous débattons d’un sujet nous prenons le temps qu’il faut pour l’examiner en profondeur, même si cela dure une heure, deux heures ou plus.

 Nos radios sont le seul espace d'expression citoyenne du paysage audiovisuel.

 Elles constituent également un solide rempart contre l’expansion des réseaux commerciaux, laquelle a comme corollaire une concentration, une sorte de « berlusconisation » du média radio, avec tous les dangers que cela comporte en terme de pluralisme d’opinion et de démocratie.

 Au cours de leurs vingt cinq ans d’existence, nos radios ont vu se succéder des milliers de bénévoles, des milliers,… tour à tour animateurs, techniciens ou journalistes. Elles ont contribué, et contribuent encore, à la formation de journalistes ou d’animateurs professionnels que l’on retrouve notamment à la RTBF. Elles constituent un « terreau pour les jeunes » comme le signalait le secrétaire général du groupe Contact, lors d’un déjeuner médias organisé à l’ULB en mars 2004. C’est également dans nos radios que des artistes belges francophones, écrivains, auteurs, compositeurs, interprètes ont pu faire leurs premiers pas.

 Loin du conformisme induit par la pression des annonceurs et des régies publicitaires, nos radios ont en commun l'audace, la liberté de ton et un mode de fonctionnement participatif.

 Le fait qu’aucun statut ne les différencie du reste des « indépendantes » pèse lourd pour les radios du troisième type. Par exemple, c'est au même titre que n'importe quelle radio commerciale qu'elles sont redevables de droits d'auteurs et d'interprètes toujours plus conséquents. De même, elles n'émargent à aucun dispositif de subventionnement dans le champ de l'Audiovisuel. Elles ne peuvent pas prétendre à l'aide d'un autre secteur de la Communauté française, puisque avant d'être « non-marchandes » ou « d'éducation permanente », elles sont considérées comme des « radios privées » comme toutes les autres...

 Sans subventions, sans recettes publicitaires, (et ça c’est un choix), sans tarifs préférentiels, les radios du troisième type continuent leur travail de défrichage, de médiation, d'expérimentation, de création et de formation. Ouvertes à l'expression de catégories de la population qui ne sont pas ou peu représentées dans les médias traditionnels, elles se substituent, ou, plus modestement, elles complètent la mission du service public quant à son obligation de diversité.

 Elles sont sans statut et pourtant, elles existent !

 La reconnaissance d’un statut particulier, à l’instar de la situation en France ou au Québec, et que nous connaissions en Communauté française, je le rappelle, permettrait à nos radios de négocier un tarif préférentiel avec les sociétés d’auteurs. Il faut savoir que nous payons cinq fois plus de droits que nos collègues françaises et dix fois plus que nos collègues québécoises qui elles ont un statut spécifique. De plus, certaines de nos radios consacrent plus de 20% de leur budget au paiement de droits d’auteurs.

 Ce statut nous permettrait aussi de prétendre à de nouvelles sources de financement. Je pense en particulier, à l’éducation permanente, mais aussi à du financement européen que nous pourrions obtenir avec nos radios sœurs d’autres pays de l’union.

 Voilà pour le statut, venons en au point suivant.

 Le financement par le fonds d’aide à la création radiophonique (FACR).

 Au temps de la préhistoire, je parle de l’époque ou les radios indépendantes étaient libres, il a existé un fonds d’aide à la production radiophonique. Ce fonds a notamment servi à financer des projets d’émissions ponctuelles mais également à payer les droits d’auteurs réclamés à nos radios.

C’est un décret de 1987 qui a institué le fonds d’aide à la création radiophonique sous une forme très proche de celle que nous connaissons aujourd’hui. Dans les bilans du fonds, édités sous la responsabilité d’Henry Ingberg, on trouve le détail des subventions accordées et toutes sortes de statistiques fort intéressantes.

On découvre aussi qu’en général les montants octroyés sont inférieurs aux recettes du fonds et que ce boni a permis de soutenir financièrement des festivals de création sonore en 1998, 2001 et 2003. Par ailleurs, depuis l’année 2000, le fonds subventionne une « structure d’accueil » l’atelier de création sonore et radiophonique (ACSR).

Je n’ai pas l’intention de m’étendre sur ces questions, mais je ne vous cache pas que dans nos radios nous nous posons des questions quant à la politique et au fonctionnement du fonds. Notre définition de la "création radio" est assez différente de celle, élitiste, que prônent le fonds et sa « structure d’accueil ».

Pour les radios associatives, la création radio ne doit pas être confinée à certaines cases de fin de soirée sur la Première, mais contaminer tous les programmes. A cet égard, on parlerait plutôt de "créativité radiophonique" que de « création sonore ». Ainsi, nous souhaitons très vivement être associés à une redéfinition des missions du fonds dans la mesure où la reconnaissance effective des réseaux les obligera, enfin, à contribuer aux recettes de ce fonds.

Nous souhaitons en effet que soit trouvée une solution structurelle au financement, du moins partiel, de nos radios. Plusieurs pistes sont possibles. Nos radios sont de facto des structures d’accueil. A ce titre, le fonds pourrait leur allouer une subvention, sur la base de missions à remplir. Nos radios sont aussi productrices d’émissions et font de la création sonore et radiophonique « au quotidien ». Plutôt que de recevoir des subsides au coup par coup, sur la base de projets particuliers, elles devraient se voir attribuer un subside récurrent « pour l’ensemble de leurs œuvres ». Elles sont enfin diffuseurs de productions financées par le fonds d’aide à la création. Voilà une troisième bonne raison de leur octroyer un subside spécifique. 

Ces demandes de subventions n’ont rien de farfelu, elles sont dans le droit fil des conclusions que tirait Robert Wangermée, alors président du conseil supérieur de l’audiovisuel, dans le rapport établi à la suite des « Carrefours professionnels de l’audiovisuel » mis en place par Elio Di Rupo en 1993. Voici un extrait du volet "Carrefour Radios" on y lit, page 22 : 

"LE FONDS D'AIDE A LA CREATION RADIOPHONIQUE"
"Le principe de l'existence d'un Fonds d'Aide à la Création Radiophonique est reconnu par tous les participants au Carrefour.
Cependant, l'idée de réorienter l'utilisation des montants récoltés vers le financement de radios socioculturelles plutôt que de financer des programmes, rencontre l'adhésion de chacun.
Au niveau des sources de financement du Fonds, le Carrefour confirme le principe de la contribution solidaire de l'ensemble des radios (publiques et privées) exploitant le marché publicitaire et ce, selon des critères objectifs à définir, sans exclure le financement par subsides de la Communauté.
Il est entendu qu'une radio culturelle qui émargerait au Fonds d'Aide à la Création s'interdit de récolter de la publicité sur le marché." 

Pour illustrer le bien fondé de notre deuxième revendication, voici quelques chiffres. Ils sont basés sur des données provenant d’une des radios au nom desquelles je m’exprime ici et que j’appellerai Radio X. Le budget annuel de Radio X est en moyenne de 12.500 euros. Elle est financée par ses animateurs et quelques auditeurs fidèles qui payent des cotisations mensuelles allant de 2,5 à 20 euros. Dans les douze mois à venir, Radio X produira plus de 3.000 heures d’émissions dont au moins 800 heures de création radiophonique. Parmi ces 800 heures, 25% seront des fictions originales et 75% seront consacrées à l’information de fond sous forme notamment de magazines (par opposition aux flashes d’information de deux ou trois minutes que pratiquent la plupart des radios privées, en réseau ou non, et basées sur des dépêches d’agences ou des articles de la presse quotidienne). Durant cette même période Radio X diffusera près de 800 heures de musique expérimentale et de « Radio Art » puisées dans un stock constitué par quelques uns de ses animateurs. Ces prévisions sont basées sur des données objectives qui résultent du bilan de 25 ans de travail de Radio X.  

L’ensemble représentera plus de 20.000 heures de préparation assumées par une quarantaine de bénévoles.

 En contrepoint, et c’est un exemple parmi d’autres, les bilans du fonds montrent également que la réalisation et la production de deux heures d’émissions et d’une heure de performance en direct… peut se voir attribuer une aide égale au double du budget annuel de Radio X, soit 25.000 euros. 

Clairement, nous revendiquons un financement pour la globalité de nos programmes, plutôt que pour certaines émissions isolées, ponctuelles et très coûteuses. Les derniers avis de la commission de sélection du FACR vont d'ailleurs dans ce sens. 

Pour en finir avec ce deuxième point, voici une demande concrète : l’octroi d’une subvention annuelle, sous forme directe ou indirecte, fonction des besoins réels de nos radios, dont le montant maximum serait de l’ordre de 8.000 euros. Et si on me demande combien cela pourrait représenter en tout, je répondrais environ 60.000 euros par an pour faire vivre une dizaine de radios.

 Terminons par le plan de fréquence. 

Nous ignorons où en sont les travaux de l’administration en ce qui concerne le futur plan de fréquences. Toutefois, nous tenons à vous faire part de quelques considérations.

Tout d’abord, il existe de très nombreuses façons de faire un plan de fréquences, tout dépend de la politique qu’on décide de mener. Ainsi, selon les normes de l’arrêté Willockx (8 Km, 100 W) qui doit dater de 1981, si ma mémoire est bonne, il n’y a aucune difficulté à placer 2.500 radios sur le territoire de la communauté française, sans le moindre brouillage. Par contre, si l’on se réfère au plan libéral du 2 avril 2003 il n’y a qu’environ 300 fréquences disponibles avec des conforts d’écoutes très différents.

Ce plan était d’ailleurs un véritable scandale. Plusieurs options étaient envisagées, selon le nombre de réseaux que la Communauté souhaitait reconnaître. A titre de simple exemple, l’option dite à cinq réseaux, qui est la plus favorable aux radios indépendantes, leur réservait une centaine de fréquences, les deux cents fréquences restantes allant aux cinq réseaux.

Pas vraiment scandaleux, à première vue. Si on examine les choses d’un peu plus près, en terme de puissance installée, on arrive à la conclusion proprement ahurissante que les réseaux bénéficient de 94% de la puissance totale et les autres du reliquat ridicule de 6%. Mais ce n’est pas tout, les "paquets" de fréquences réseaux sont de véritables costumes taillés sur mesure et permettent immédiatement de voir que le premier réseau sera le réseau Bel-RTL, avec 34% de la puissance totale, suivi du réseau Contact avec 24%, pour ne citer que les deux premiers. Nous craignons fort que le prochain plan ne ressemble comme deux gouttes au plan d’avril 2003.

 Voici donc notre demande, elle comporte deux volets et concerne la garantie d’un certain équilibre du paysage radiophonique : 

- une redistribution partielle des fréquences, par échanges entre le paquet réservé aux radios indépendantes et les paquets réservés aux réseaux, de façon à ce que les radios indépendantes et du « troisième type » puissent disposer d’au moins 12% de la puissance totale disponible. Notez bien qu’en toute équité, la répartition devrait être de 34% à 66% en faveur des réseaux, si on se base sur le nombre des fréquences. 

- L’assurance que tout citoyen puisse capter les trois types de radios, radio de réseau, radio indépendante ou radio associative du « troisième type » avec le même confort d’écoute. 

Il est en effet, par exemple, totalement inadmissible que pour couvrir une zone urbaine, que ce soit Charleroi, Mons, Liège ou Bruxelles les radios de réseaux disposent de puissances de plusieurs kilowatts et que les autres radios, pour couvrir la même zone, verraient leurs puissances plafonnées à 100 watts ? 

Voilà, Madame La Ministre, Mesdames, Messieurs, je termine avec le résumé de nos revendications : 

-    La reconnaissance d’un statut particulier pour nos radios, garanti juridiquement.

-    Le financement partiel mais structurel de nos radios via le fonds d’aide à la création, soit comme structures d’accueil, soit en tenant compte de nos créations, productions et diffusions selon des modalités à définir.

-    Une amélioration globale des conditions d’émission des radios hors réseau par un juste rééquilibrage des fréquences attribuées à l’ensemble des opérateurs radio.

Je vous remercie de votre attention.

Texte lu au nom des radios suivantes :
Radio Air Libre
Radio Campus 
Radio Si
Radio OSR
Radio Panik
Radio UMH  
Radio 1180
RUN
 

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Les Etats généraux de la Culture?

Vivement que ça émerge!

Carte blanche : La culture c'est ça, aussi!

Fadila Laanan est une Ministre prudente. Première de longue date à regrouper dans ses mains l'ensemble des compétences culturelles, de la jeunesse et de l'audiovisuel, et consciente que son profil susciterait bien des espoirs, elle s'est gardée jusqu'à présent de toute promesse inconsidérée. Héritant de la promesse des "Etats généraux de la culture" faite lors des dernières élections par le président du PS, elle doit à présent en assumer l'organisation.

Contrastant avec les pratiques de ses prédécesseurs, son Cabinet s'est distingué par sa réserve et le soin mis à éviter les effets d'annonce. Dirigé par l'ancien chef de Cabinet d'Elio Di Rupo, celui-ci est composé en partie de collaborateurs expérimentés du monde culturel et a fait le choix d'associer l'Administration à son travail — deux éléments assez rares pour être soulignés.

Les "Etats généraux de la culture" (EGC)? Un titre ambitieux, pour un projet dont la mise en oeuvre s'avère l'être bien moins. Et il y a de quoi s'en inquiéter, à l'heure où ce "projet de refondation", sensé "tracer de réelles perspectives" pour l'avenir, entre dans sa seconde phase. Les méthodologies et les dispositifs utilisés, comme les moyens humains et financiers consacrés à cette opération, doivent être au centre des attentions. Or, ils nous semblent ne pas être des plus appropriés et entrent parfois en contradiction avec les objectifs affichés…

• Un "processus réellement participatif s’impose comme une exigence", écrivait la Ministre dans sa note d'intention. Le site des EGC (1) constate que "les usagers et les pratiquants de la culture n’ont pas d’espace pour faire entendre leur voix et leurs attentes" et précise que la recherche de "ce lien avec les publics fonde et légitime le sens de l’action culturelle". Pourtant, l'écueil de débats confinés aux "professionnels" attitrés de la culture n'a pu être évité.

Les publics, les usagers se désintéresseraient-ils de ces questions? On peut dire à leur décharge que des efforts et des moyens adéquats n'ont pas été mis en oeuvre pour tenter de s'adresser à eux. La démocratie culturelle, ces principes de participation active des usagers chers à la Communauté française, ne doit-elle pas s'appliquer à une telle concertation?

• "L'objectif n’est pas d’occuper la scène médiatique ou de distraire les acteurs culturels en vue de gagner du temps". Mais comment convaincre ceux-ci, quand les EGC ne tiennent quasiment pas compte des réflexions précédemment menées à l'initiative de la Communauté française sur ces mêmes questions — par exemple: le livre "Culture et citoyenneté", présenté par le Ministre Demotte en 2002 comme "le résultat d'un processus de réflexion original et ambitieux, conçu dans le long terme (près de 4 ans), auquel ont participé près d'un millier de personnes, d'associations et d'institutions" — ?

• La Ministre se dit "convaincue que l’enjeu n’est pas catégoriel mais sociétal". Impliquer un ensemble hétérogène de publics d'origines et de conditions différentes est une condition à l'émergence d'un tel débat. La culture n'est ni un "secteur" ni un "monde" à part qui resterait étranger à des problématiques comme le chômage, la montée de l'extrême droite, les guerres, la privatisation des services publics, de l'espace public… Les EGC ont tout intérêt à connecter les questions culturelles aux enjeux de société. Mais s'en donne-t-on le temps, quand on en arrive à vouloir traiter l'ensemble des aspects audiovisuels en à peine deux après-midi (2)?!

• L'ambition des EGC est "d’ouvrir un débat, largement intersectoriel, décloisonné et transversal, de manière à dépasser les logiques corporatistes, les pesanteurs, les ghettos et à dégager une vision prospective des politiques publiques de la culture". Mais l'absence apparente de certaines questions (les minorités culturelles, les rapports public/privé, les processus d'évaluation, etc.) y est incompréhensible et les échanges qui se succèdent sont essentiellement sectoriels: la danse, le théâtre, la musique classique, etc. défilent tour à tour, sans croisements ni mélanges. Ce découpage, qui correspond au cloisonnement actuel des politiques culturelles, laisse sur le côté une série de pratiques non concernées par cette compartimentation. Lorsque la 14ème thématique concerne enfin une question transversale — celle des publics (3) —, la Ministre parle dans son invitation d'une rencontre "sur le secteur du Rapport au Public"! Lapsus révélateur?

• Il faudra aussi s'entendre sur la nature-même des "Etats généraux". Présentés d'une part comme un large débat sociétal, la Ministre précise de l'autre qu'il "ne s’agit pas d’un débat mais d’une écoute des revendications du secteur". Sans doute serait-il plus juste, dès lors, de parler d'un inventaire ou d'une radiographie catégorielle des secteurs culturels subventionnés et des opérateurs reconnus par la Communauté française, et d'en tirer les conséquences.

• Dans cette addition d'états particuliers, les "cultures émergentes", souvent citées par la Ministre, ne trouvent aucune traduction concrète. Il aurait été logique de les intégrer de manière transversale aux EGC. A nos yeux, "l'émergence" constitue un ensemble de pratiques et de questions posées à tous les niveaux et à tous les moments de la vie culturelle, qui nous invite tous à redéfinir, à construire de nouveaux mots et de nouvelles façons d'agir collectivement, à inventer de nouveaux rapports avec l'Etat ou encore à résister à la "professionnalisation" comme remède miracle…
Pourtant, c'est un débat "sectoriel" qui fut annoncé sur la question. Puisque même les "opérateurs phares" allaient avoir leur rencontre (4), pourquoi pas un débat avec les "cultures émergentes"? On aurait tout de même pu y interroger ce qui se passe derrière ce terme qui nous file constamment entre les doigts, y affirmer que quelque chose de précieux se joue là, de nouveaux désirs de faire de la politique, alors que l'on ne cesse de nous dire que nos générations sont atrophiées… Ironie! Les organisateurs ont changé de thème, le recentrant sur... "les musiques actuelles et émergentes".
Quid des déclarations sur ces "grands déséquilibres qu'il faut revoir", sur ces "cultures émergentes qu'il faut mieux soutenir"? Vont-elles trouver une place dans les EGC, par exemple dans le cadre du débat sur l'Education Permanente (5)? Au bout de 27 ans, ce champ d'action situé aux confins du culturel, du politique et du social, vient de faire les frais d'une grande réforme. Et, si l'on peut faire de nombreux parallèles entre l'Education Permanente et certaines cultures ou pratiques "émergentes", ce nouveau décret a finalement laissé ces questions de côté. Les EGC devraient être l'occasion idéale de les rouvrir!

Si "la méthode participative et l’urgence ne justifient pas une confusion des rôles", nous pourrions ajouter qu'elles ne peuvent non plus justifier un processus inapproprié, ni des conclusions précipitées. Surtout s'il s'agit de rien moins que "refonder un modèle culturel".

C'est pourquoi nous voulons rappeler ici certaines exigences que s'étaient fixés les Etats généraux. Et plus, exprimer notre désir d'une "transformation plus profonde encore des pouvoirs politiques et administratifs" liant "la qualité d'une décision à l'existence de contre-expertises", d'une "version de la démocratie qui imposerait aux tenants du pouvoir d'accueillir et de soutenir l'émergence de groupes voués pourtant à leur compliquer la vie" (6).

La culture c'est ça, aussi!

Carte blanche signée par une trentaine d'associations :
Agency, Ateliers Mommen, Blabla Express, BlowUp, Bruxelles nous appartient, Cinéma Nova, La Cinquième couche, City Mine(d), Les Corsaires, Ecolabus, Editions Aden, l'Employé du Moi, Et la bête asbl, La Ferme du Biéreau, Fréon, iMal – i-cult.be, Komplot asbl, Magazins, Matamore Recordings, Moving Art Studio – all2all.org, Parcours Citoyen, Plus Tôt-Te Laat, Le P'tit Ciné, Les P'tits Belges, Radio Air Libre, Radio Campus, Radio Panik, Seeing, Simili-Théâtre, La Souris qui rugit, Souterrain Production, Théâtre du N-ombr'île, Tilt, Zelig/Editions du Souffle, Zorobabel.
 

Notes
(1) http://www.forumculture.be 
(2) Cinéma: le 4 mai; Médias et audiovisuel: le 3 juin.
(3) Le 16 avril.
(4) Le 29 avril.
(5) Le 18 avril.
(6) Bernadette Bensaude-Vincent & Isabelle Stengers, "100 mots pour commencer à penser les sciences", Les empêcheurs de penser en rond, 2003.
 

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Diversité Culturelle !

Depuis quelques années, les citoyens d’Europe se sont rendu compte de l’importance des décisions prises au sein d’instances comme l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Pour les professionnels des secteurs culturels, ce devoir de vigilance engagé depuis plus de quinze ans est plus important encore !

En effet, l’OMC s’est donné pour objectif à long terme d’ouvrir et de libéraliser l’ensemble des secteurs d’activité. Concrètement, cela signifie que chaque pays membre de l’OMC devra accepter sans restrictions tarifaires les « produits » des autres pays membres et qu’il ne pourra prendre aucune mesure qui fausserait la concurrence, c’est-à-dire qui favoriserait les « produits » nationaux par rapport à leurs concurrents étrangers.

Si cette logique de libéralisation devait être imposée au secteur culturel, cela aurait évidemment des conséquences catastrophiques sur la création culturelle telle que nous la connaissons aujourd’hui. En effet, non seulement les quotas de diffusion d‘œuvres sur base de critères de nationalité ou de langue seraient supprimés à la radio comme à la télévision, mais le même traitement serait réservé à toutes les aides à la création ou aux subventions de fonctionnement. Les studios d’Hollywood ou les multinationales du disque pourraient donc attaquer en justice la Communauté française pour concurrence déloyale en cas de maintien de ces dispositifs !

Aujourd’hui, les Etats-Unis complètent leur stratégie de libéralisation en négociant avec chaque Etat des accords bilatéraux de libéralisation du commerce par lesquels ils tentent d’obtenir notamment la libéralisation du secteur culturel. Dans un grand jeu d’échecs qui se joue sur tous les continents, ils forcent les gouvernements à renoncer à leur souveraineté dans les matières culturelles.

Pour éviter que de tels scénarii n’aboutissent, les pays soucieux de préserver une création culturelle autonome -la France, la Belgique, …- avaient obtenu dans un premier temps, à la demande des professionnels de la culture, que notre secteur ne soit pas intégré dans le champ des négociations commerciales au nom de l’exception culturelle. Pour autant, ce statut particulier est sans cesse remis en cause au sein de l’OMC et n’est accepté outre-Atlantique que comme une protection temporaire. Malgré ces pressions, l’UNESCO a adopté en 2001 une déclaration de principe qui consacrait la diversité culturelle comme une richesse pour l’humanité dans son ensemble et appelait à sa préservation. Aujourd’hui, des négociations sont en cours au sein de l’UNESCO pour adopter une convention « contraignante » visant à protéger sur le long terme le secteur culturel de la logique concurrentielle propre aux négociations commerciales, intitulée la Convention pour la protection des contenus culturels et des expressions artistiques.

Le calendrier des négociations est serré puisque, cette Convention devrait être votée lors de la prochaine assemblée générale de l’Unesco qui se tient au mois d’octobre 2005.

Pour que ces négociations permettent de maintenir une diversité culturelle mais aussi pour faire face aux nouvelles menaces que porte en elle la directive Bolkestein sur la libéralisation des services, il faut impérativement que l’ensemble des secteurs culturels se mobilisent. En effet, les secteurs de la musique et du cinéma seraient sans aucun doute les premiers concernés mais il est vraisemblable qu’à terme l’ensemble du monde culturel serait touché. Il convient dès lors d’agir collectivement pour défendre le droit de nos pays de mener une politique culturelle et d’intervenir (plus encore qu’aujourd’hui !) pour soutenir la création et la diffusion d’oeuvres culturelles.

Afin de faire entendre leurs voix, les professionnels de la Culture se mobilisent avec succès depuis plusieurs années, d’abord lors des négociations du Gatt au début des années 90, puis contre le projet avorté d'Accord multilatéral sur les investissements (AMI) et enfin, aujourd’hui, pour qu’une Convention forte pour la diversité culturelle soit adoptée par l’Unesco. Ce combat est mené dans le cadre de coalitions créées au Québec et en France dès 1998, puis plus récemment dans d’autres pays, dont la Belgique puisque la Coalition francophone belge s’est constituée au mois d’octobre dernier. Ces coalitions se sont regroupées au sein d’un Comité international de Liaison qui coordonne leurs activités.

Cet effort doit être renforcé afin de peser sur les opinions et les gouvernements.

 

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Plan de fréquence radio

Quand diversité rime avec parts de marché

Au terme de sept années de déboires juridico-politiques, le gouvernement de la Communauté française a approuvé, le 31 mars dernier, la liste des fréquences FM attribuables aux radios privées francophones: 200 fréquences partagées entre 6 réseaux, 80 fréquences pour des radios indépendantes et 31 pour des radios d'école.

Il s'agit en fait de la première étape d'une procédure qui devrait aboutir, d'ici six mois, à la finalisation d'un plan de fréquence. En établissant celui-ci, la Communauté française assume enfin son rôle de gestionnaire d'une ressource rare: l'espace public radiophonique.
L'accès aux ondes étant limité par des contraintes techniques, le rôle de l'Etat est en effet de le répartir entre une multitude de candidats les plus divers, en fonction de critères censés être objectifs et garantir la pluralité de l'offre radiophonique.

Au terme de cette première étape, le Gouvernement devait donc se contenter d'établir une "coquille vide", constituée de lots de fréquences faisant ensuite l'objet d'un appel d'offre public. Mais, à y regarder de plus près, il apparaît que la coquille n'est vide qu'en apparence.
En effet, les principaux candidats aux fréquences (1) ne doutent plus aujourd'hui des lots qu'ils se verront attribuer au terme d'une procédure qui, pourtant, débute à peine! Bénéficiant de relais politiques privilégiés, ceux-ci ont joué un rôle prépondérant dans l'élaboration de "leur" futur plan; obtenant par exemple la reconduction de fréquences utilisées illégalement depuis des années, voire même des fréquences à bon confort d'écoute retirées à certaines radios "indépendantes".

Pour l'essentiel, tout porte donc à croire que les jeux sont déjà faits. A travers une procédure caricaturale qui s'est résumée à un intense lobbying, le Gouvernement semble avoir taillé un plan sur mesures pour les multinationales de l'audiovisuel.
Ce n'est pas la lecture de la presse de ces dernières semaines qui nous démentira. On a pu y lire très explicitement comment le MR a défendu les intérêts de Bel RTL et de Radio Contact, le PS ceux du réseau Ciel FM de Guy Mathot et Daniel Weekers (Déficom, ex-directeur de Canal + Belgique)...

Les miettes pour les radios indépendantes

Malgré tout, certains réseaux trouvent encore matière à s'indigner et mènent aujourd'hui campagne contre "l'extrême gourmandise" de la RTBF en matière de fréquences. Que leurs inquiétudes soient fondées ou non, venant des principaux groupes qui ont élaboré le plan en sous main, on hésite à qualifier cette démarche de pathétique ou d'indécente.
D'autant plus que le déséquilibre qu'ils dénoncent entre secteur public et réseaux privés semble bien futile au regard de l'inégalité créée dans le plan entre réseaux et radios indépendantes.

En effet, le nouveau plan constitue un très net recul pour les radios indépendantes, dont la situation actuelle est pourtant déjà loin d'être enviable. Alors que certains émetteurs de réseaux sont prévus pour atteindre des puissances dépassant les 10.000 watts, la plupart des fréquences prévues pour les "indépendantes" plafonnent à 100 watts!

Ce sont bien elles, déjà reléguées à des fréquences où le nombre d'émetteurs est plus important et la puissance plus faible, qui feront les frais des marchandages politico-financiers qui ont émaillé la conception du plan de fréquence.

Ce sont encore elles qui devront se partager les miettes d'un festin déjà consommé, où d'aucuns ont encore la velléité s'approprier les rares bonnes fréquences qui leur sont attribuées pour, au mieux, les "échanger" contre de moins bonnes.

Mais, au fait, qu'entend-on par "radios indépendantes"? Cette catégorie "fourre-tout", consacrée par le décret audiovisuel de 1997, rassemble un conglomérat de radios aux réalités difficilement assimilables: radios commerciales locales, radios associatives, universitaires, etc. La seule chose qu'elles ont en commun est la restriction à un seul émetteur!

Radios du troisième type: "privées"... de statut!

Aux premières loges des fréquences menacées, se trouvent les radios du troisième type, dites aussi "associatives", "socio-culturelles" ou "citoyennes". Radios d'expression libre, de création, universitaires, voix des communautés étrangères et autres, elles ont en commun l'audace, la liberté de ton et un mode de fonctionnement participatif. Loin du conformisme induit par la pression des annonceurs et des régies publicitaires.

Pourtant, aucun statut ne différencie ces radios du reste des "indépendantes". Pas de "discrimination positive" pour elles, puisqu'aucun texte légal ne leur reconnaît une quelconque spécificité (2)! Cette absence de reconnaissance pèse lourd pour les radios du troisième type. Par exemple, c'est au même titre que n'importe quelle radio commerciale qu'elles sont redevables de droits d'auteurs et d'interprètes toujours plus conséquents (3). De même, elles n'émargent à aucun dispositif de subventionnement dans le champ de l'Audiovisuel. Et ne peuvent pas prétendre à l'aide d'un autre secteur de la Communauté française, puisqu'avant d'être "non-marchandes" ou "d'éducation permanente", elles sont avant tout considérées comme des "radios", "privées" comme toutes les autres...

Ni subventions, ni recettes publicitaires, ni tarifs préférentiels... Et pourtant, elles existent!
Les radios du troisième type continuent leur travail de défrichage, de médiation, d'expérimentation et de formation. Ouvertes à l'expression de catégories de la population qui ne sont pas ou peu représentées dans les médias traditionnels, elles se substituent à la mission du service public quant à son obligation de diversité.

Une vision entrepreneuriale

A l'instar de la politique culturelle, on dit souvent qu'il n'y a pas de politique de l'audiovisuel en Communauté française. En réalité, il semble bien qu'il en existe une. En déroulant le tapis rouge aux grands groupes médiatiques, en négligeant les radios indépendantes et en niant la spécificité des radios du troisième type (4), la Communauté française dessine une vision entrepreneuriale du paysage radiophonique où seuls prévalent les critères économiques: rentabilité, professionnalisation, parts de marché...

Ainsi s'annonce la procédure d'appel d'offre. C'est désormais au Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA), une instance chargée de garantir une "diversité du paysage radiophonique et un équilibre entre les différents types de radios, au travers de l'offre musicale, culturelle et d'information", qu'il revient d'examiner les offres déposées par les radios puis de procéder, enfin, à l'attribution des fréquences. Le CSA réussira-t-il à s'affranchir des préférences gouvernementales pour tracer les contours d'un plan de fréquence réellement équilibré par le biais d'une procédure transparente?

Quant à la prochaine majorité gouvernementale, aura-t-elle la clairvoyance de réintégrer la dimension culturelle dans le paysage des radios privées en sortant les radios du troisième type de la précarité?

C'est aussi un peu à nous tous d'en décider...

 

(1) Les 6 grands réseaux sont destinés, par ordre décroissant, à Bel RTL, Contact, Ciel FM, Nostalgie, NRJ et Fun.
(2) "Plan de fréquences : les radios associatives tirent la sonnette d'alarme", carte blanche parue dans Le Soir du 17 Avril 1999.
(3) De plus, la répartition des droits facturés aux radios associatives par les sociétés d'auteurs et d'interprètes ne tient pas compte de la spécificité de la programmation des radios associatives. Au final, les artistes dont elles diffusent les oeuvres ne sont pas ceux qui en bénéficient puisqu'il s'agit essentiellement d'artistes encore peu connus.
(4) En 1997, le décret prévoyait bien une vague priorité dans l'attribution des fréquences à des radios "indépendantes à vocation culturelle", ce qui constituait pour les optimistes un semblant de début de reconnaissance. Mais même cette allusion a disparu, en 2003, suite à une réforme du Ministre Richard Miller.

Signataires:
Atelier de création sonore et radiophonique
OSR, Soignies
Radio Air Libre, Bruxelles
Radio Campus, Bruxelles
Radio El Wafa, Bruxelles
Radio Hellena, Louvain-la-Neuve
Radio Panik, Bruxelles
Radio Universitaire Namuroise, Namur
Radio UMH, Mons
Radioswap.net, réseau d'échanges de programmes
Tam Tam Radio, Eghezée
etc...
 

 

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Non aux Brevets Logiciels en Europe!

Le logiciel libre est né d'un besoin réel d'expérimenter de nouvelles pratiques, d'ouvrir de nouvelles voies, de rechercher des systèmes plus stables et plus performants. C'est aussi une manière de se libérer de l'emprise écrasante des multinationales comme micro$oft, sans quoi, une telle avancée serait alors impossible.

Nous estimons en général que le fait de breveter une découverte, un produit, une idée, va à l'encontre même du progrès et est clairement contre-productif, en effet, imaginez le coût qu'un chercheur ou un informaticien aurait à payer si sa découverte ou son programme venait à contenir une ou plusieurs idées déjà brevetées.

Les petites sociétés et les pays en voie de développement seraient alors fortement affectés car n'ayant pas les moyens de s'offrir ces brevets, contrairement aux puissants de ce monde qui pourront sans difficulté déposer et acheter ces brevets.

Nous nous indignons face à une telle injustice et nous invitons l'Europe à faire preuve de bon sens en tenant tête face aux pressions des lobbys de toutes parts.
 

Considérez que la plupart des logiciels seront illégaux en Europe si cette dangereuse directive est acceptée sans modifications.

La Commission et le Conseil des Ministres Européens poussent une brevetabilité  logicielle sans limites, sous la pression de multinationales et de juristes en brevets.

Ils négligent la décision votée démocratiquement du Parlement Européen le 24 septembre dernier avec le soutien de plus de 300.000 citoyens, 2.000.000 d'entreprises, de nombreux économistes et scientifiques.

 

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