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radio air libre
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Qui sommes-nous ?
Radio Air Libre est
une radio socioculturelle reconnue par la Communauté française de
Belgique. Sans sponsor et sans publicité, elle est gérée et financée par ses membres, animatrices
et animateurs.
Depuis sa création en 1980, Radio Air Libre existe pour celles et
ceux qui trouvent trop souvent porte close dans les médias
traditionnels.
La programmation de la radio est une vaste mosaïque : émissions
musicales, émissions à destination des communautés immigrées, des homosexuel(le)s ou des détenu(e)s ainsi que des
émissions beaucoup plus personnelles où musique et paroles forment
un tout original.
Pour conserver sa totale liberté d’expression, Radio Air Libre
est complètement indépendante de tout groupe politique ou commercial. Depuis 1980 des centaines de
personnes ont
assuré l'existence de la radio. Nous envisageons la radio comme un
dialogue et non comme un rinçage d’oreilles pour «branchés».
Radio Air Libre
365 Chaussée d'Alsemberg,
1190 Bruxelles
Tél
: +32 2 344 58 55
radioairlibre@skynet.be
N° de compte 001-0737152-28
No © - Copyleft
Attitude
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Radio
Air Libre Asbl 1980/2010
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En France aujourd'hui, en Belgique
demain
Radios libres en lutte
D'ici 2012, toutes nos radios devront
passer au numérique, en France elles doivent déjà répondre aux appels d'offre du
CSA pour le 1er Octobre 2008.
Si la situation en France n'est pas identique à celle que nous connaîtrons en
Communauté Française de Belgique (normes techniques différentes) la
problématique du passage au numérique est la même.
Et les retombées pour la libre
expression risquent d'être similaires partout dans l'UE.
Le coût d'accès à la diffusion
audionumérique sera le premier obstacle majeur pour les radios associatives d'expression qui subsistent encore
en Belgique, et qui, rappelons le, n'ont toujours aucun subside.
Ensuite, la technique du
multiplexage les obligera à passer par un fournisseur de services (payant) avec
comme corollaire immédiat la perte de leur autonomie et un
risque certain pour leur indépendance, leur liberté d'expression, de ton et de
contenu. Comme sur Internet, le serveur pourrait-il à tout instant interrompre
nos émissions ? Actuellement les radios associatives socioculturelles et non
commerciales sont totalement indépendantes en matière de diffusion
de leurs programmes. Elles les créent et en assurent la diffusion car elles sont propriétaires de leurs moyens
techniques : matériel basse fréquence, émetteur et antenne. Lorsqu'on entrera dans l'ère numérique, c'en sera fini de
notre autonomie en
tant que diffuseur.
Il est temps de s'y préparer et le
texte et la pétition de "Radios libres en lutte " illustre parfaitement les
problèmes qui nous attendent.
"Dans notre
société marchande, ce qui n'est pas rentable est parasite, ce qui n'est pas
consensus et soumission à la pensée unique est nuisible."
France
Appel des radios en
lutte
"Les radios libres au crible du numérique"
Ce texte est un
communiqué commun de
Radios en lutte - si vous êtes une radio associative non-commerciale ou un média du tiers-secteur et que vous souhaitez vous y
associer, ou bien si vous êtes une auditrice/un auditeur et que vous voulez
signer la pétition, voir en bas de page comment procéder.
Il y a plus de 25 ans, le mouvement des radios libres faisait tomber le
monopole d’Etat sur la radiodiffusion et ouvrait la bande FM aux multiples
expressions sociales, culturelles, politiques et musicales - aujourd’hui, le
Conseil Supérieur de l’Audiovisuel lance la radio numérique terrestre (RNT) dans
des conditions qui mettent en péril les actrices et continuatrices de ce
mouvement, les radios associatives non commerciales, dites de catégorie A. Le
remplacement de la diffusion en FM par celle en numérique est présenté comme une
évolution strictement technique, permettant de diffuser davantage de stations et
d’associer au son des données supplémentaires (nom de l’émission et des invités,
publicités, pochettes d’albums, météo...). Nous y voyons une mise en danger des
radios associatives non commerciales, une volonté d’uniformisation du paysage
radiophonique et la consécration d’une conception technocratique de
l’audiovisuel. La « diversité » numérique s’annonce davantage comme la
multiplication de programmes clonés que comme une ouverture aux alternatives,
aux minorités et aux expérimentations.
Une logique de colonisation
La confusion et la précipitation dans
lesquelles se fait cette transition jouent en faveur des industriels, des
antennes commerciales et des grands réseaux de radios : principaux bénéficiaires
de la radio numérique, qui leur permettra d’accroître leur maillage du
territoire, ils sont aussi les seuls à disposer des compétences techniques et
des outils financiers qu’elle impose. Une consultation publique organisée en
octobre 2006 par le CSA mentionne de manière explicite les inquiétudes des
associatives (cf.
ici),
sans que l’appel à candidatures numériques de 2008 en tienne aucunement compte.
Ce dernier a été lancé de manière abrupte, sans concertation et sans que la
spécificité des radios de catégorie A (1)
soit prise en considération : prioritaires sur le premier appel mais pas sur les
suivants, on les contraint à demander une fréquence numérique sans leur donner
les moyens de l’exploiter. Elles qui n’ont pas d’intérêt particulier à passer au
numérique, étant donné qu’elles diffusent en local et ne seront pas
nécessairement en mesure ni désireuses de développer les fameuses « données
associées », risquent tout simplement de se retrouver sans aucune fréquence
lorsque la bande FM sera éteinte. L’État, les réseaux et les industriels
organisent et vantent la ruée vers le numérique, mais dans le même temps les
fréquences associatives non commerciales sont averties, comme aux débuts de la
FM, que les places seront rares : l’éviction d’un certain nombre d’entre elles
se prépare ainsi, à un moment où dans leur ensemble les médias du tiers secteur,
c’est-à-dire associatifs et non commerciaux, sont précarisés plutôt que
soutenus.
Une logique de rentabilité
Les radios de catégorie A sont
principalement subventionnées par le Fonds de Soutien à l’Expression
Radiophonique (FSER), créé suite à la libération des ondes, et approvisionné par
une taxe prélevée sur les revenus publicitaires de l’audiovisuel commercial et
public. La fin de la publicité annoncée sur les médias de service public risque
d’entraîner dès 2009 une baisse de 30 % des fonds du FSER, donc une coupe
proportionnelle des subventions qu’il reverse aux antennes non commerciales. Le
passage au numérique, censé se faire au même moment, représente un coût
considérable pour les radios : investissement en matériel, formation à la
nouvelle technologie, et double diffusion (sur la bande FM et sur la bande
numérique) à assurer pendant plusieurs années. Or à ce jour, non seulement
aucune compensation du FSER n’est décidée pour qu’il puisse maintenir ses
subventions, mais aucun financement spécifique n’est effectif pour le passage au
numérique – et ce dans un contexte de baisse généralisée des aides publiques,
qui affecte l’ensemble du secteur associatif. Lors de la consultation publique
du CSA, proposition a été faite d’adopter le must-carry : en vigueur notamment
aux Etats-Unis, il oblige les diffuseurs à héberger gratuitement les antennes
locales sans but lucratif - la suggestion n’a pas été retenue. La réalité des
radios sans publicité ni profit est tout simplement ignorée dans ce passage au
numérique - il en va d’elles comme, par exemple, des minimas sociaux, de
certaines prises en charge médicales, ou de la recherche fondamentale : ce qui
n’est pas rentable pourrait aussi bien disparaître.
Une logique de contrainte
Actuellement, chaque radio choisit
son diffuseur ou bien s’auto-diffuse, et émet ainsi sur la fréquence qui lui a
été attribuée par le CSA. Avec le passage au numérique, les radios devront
nécessairement passer par un nouveau prestataire technique appelé « multiplexeur
», chargé de coordonner la diffusion de neuf programmes sur une même fréquence.
Le multiplexage signe donc la fin de l’autodiffusion, et inaugure une double
obligation : celle de transiter par un prestataire, et celle de se pacser avec
huit autres radios pour être diffusées. Les tarifs des multiplexeurs seront
fonction de la qualité d’écoute et de la nature des « données associées » - il
existe donc un risque certain que ces prestataires privés jouent un rôle dans
l’attribution des places des radios (ce qui était en FM du ressort du seul CSA).
Une logique de verrouillage
Une norme unique de diffusion, nommée
T-DMB (Terrestrial Digital Multimedia Broadcasting), a été imposée : il ne
s’agit pas d’une norme audio mais vidéo, dont les tests en radio n’ont pas été
convaincants, et à qualité sonore équivalente, elle est plus onéreuse et permet
de diffuser moins de radios que d’autres normes. Elle a été conçue par des
industriels sud-coréens pour la Télévision Numérique Coréenne. En 5 ans, seuls
20% de la population du pays se sont équipés. Étonnamment, la France est le seul
pays en Europe à avoir choisi cette norme, nos voisins européens ayant opté pour
le DAB ou le DRM (norme non propriétaire). Ce choix a été poussé par les
antennes commerciales et les réseaux de radios, qui voient dans les « données
associées » l’opportunité d’un nouveau support publicitaire et spectaculaire.
Comme précédemment en matière de logiciels ou d’échanges de données, le
numérique est employé pour verrouiller des accès alors qu’il aurait été
l’occasion d’une plus grande ouverture.
Une logique de consommation
Les récepteurs numériques coûtent
actuellement 6 fois plus cher qu’un transistor classique - leur prix va
certainement baisser au fil des années, il n’en reste pas moins que de
nombreuses personnes n’auront ni les moyens financiers ni l’aisance technique
pour accéder à cette technologie. Un certain nombre de radios restées libres ont
fait le choix, social, politique, culturel, de donner la parole à ceux qui ne
l’ont pas : les quartiers populaires, les non-professionnel-le-s, les
non-spécialistes, les communautés immigrées, le mouvement social, les actrices
et acteurs des luttes, les initiatives culturelles non commerciales... Alors que
l’accès à internet reste encore très inégal, la radio numérique risque fort
d’accroître le fossé en terme d’accès à l’expression, à l’information et aux
nouvelles technologies. La radio, qui est en FM un média simple d’accès et
quasiment gratuit, deviendrait un outil technologique discriminant.
Mais nous sommes illogiques,
et nous durerons longtemps/
Que les radios de catégorie A
souhaitent ou non répondre à l’appel à candidatures sur la RNT, elles sont de
toutes façons piégées puisqu’elles n’ont en l’état aucun moyen d’émettre en
numérique. Par conséquent, nous demandons : que la bande FM soit maintenue sur
le long terme ; que le passage au numérique n’occasionne aucune suppression de
radio associative non commerciale ; que soit réservée sur la bande numérique une
part pour les radios de catégorie A au moins égale à celle de la bande FM ;
qu’une procédure de déclaration d’intérêt soit mise en place immédiatement pour
les radios de catégorie A émettant actuellement en bande FM, leur garantissant
une priorité sur l’ensemble des appels à candidatures (et non seulement le
premier), qu’elles puissent effectuer la transition vers le numérique quand
elles le souhaiteront ; un doublement de l’approvisionnement du FSER, une
subvention couvrant les frais d’équipement et d’exploitation numériques, et
l’adoption en France du must-carry, c’est-à-dire l’obligation de diffusion
gracieuse et équitable des radios associatives non commerciales par les radios
de service public et commerciales.
Les premiers signataires de ce
communiqué sont indiqués
ici.
Pour soutenir l’appel :
Si vous êtes une radio ou un média sans but lucratif, contactez-nous sur
radiosenlutte@free.fr pour être ajouté aux signataires.
Sinon, allez voir sur le site de
Radios en lutte. L’objectif de ce site est de
mettre à disposition informations et analyses sur la question, pour les radios
comme pour les auditrices et auditeurs, de relayer la mobilisation des un-e-s et
des autres, et de poser l’enjeu dans le débat public.
Le jeudi 4 juin 2008, par
Radios en lutte
(1)
France - Radios de Catégorie A : Radios associatives accomplissant une mission
de communication sociale de proximité et dont les ressources publicitaires ou de
parrainage son inférieures à 20% de leur chiffre d'affaire total
|
RETOUR
Mis en ligne le 4 octobre 2007
Pour fêter ses 10 années d’existence,
le Conseil supérieur de l’audiovisuel
(CSA) organisait le 21 septembre dernier
un colloque sur "Les
nouvelles frontières de la
radiodiffusion". Un terme un peu
dépassé pour un concept qui intègre bien
plus que la radio ou la télévision, et
pose des questions sur les nouveaux et
futurs modes de diffusion de contenus
audiovisuels, via le numérique, l’internet
ou encore la téléphonie. Le colloque du
CSA voulait questionner
"les innovations
technologiques, l’évolution du marché,
les nouvelles habitudes de consommation
et le repositionnement des acteurs"
qui ont
"profondément bouleversé le paysage
audiovisuel" ces 10 dernières
années. Un questionnement d’autant plus
actuel que la Communauté française est
appelée à transposer en droit interne,
d’ici fin 2009, une nouvelle directive
européenne sur les services de médias
audiovisuels [1].
Il était donc assez intéressant que
l’organe de régulation de la Communauté
française profite de l’occasion pour
mettre ces questions en débat. Alors,
"régulation",
"co-régulation"
ou "auto-régulation" ?
A en croire le cynisme ambiant et les
perspectives européennes, les marchands
de "temps de cerveau
humain disponible" [2]
ont de beaux jours devant eux…

En pénétrant dans l’ambiance feutrée de
l’ancienne Bibliothèque Solvay, devenue
un lieu de réceptions et de séminaires
huppés apprécié des lobbyies (notamment
pour sa proximité immédiate avec le
Parlement européen) et des compagnies
multinationales, on est tout de suite
frappé par l’homogénéité du public. Le
colloque, accessible sur invitation et
qui affiche complet depuis plusieurs
jours, a attiré un public composé
essentiellement de professionnels,
représentants de médias privés,
juristes, cabinets de consultance,
auxquels se mélangent quelques
observateurs extérieurs. Il est
remarquable de constater que les
travailleurs du service public sont
absents. Et qu’à l’exception de quelques
(ex) cabinettards, aucun politique ne
s’est déplacé : ni la Ministre de
l’Audiovisuel, ni un seul parlementaire.
Il en va de même pour le monde
socio-culturel, les associations
d’usagers, dont on peut douter qu’ils
aient été invités.
Ce n’est pas la tonalité dominante des
discours tenus tout au long du colloque,
ni la composition des trois panels
proposés, qui permettront de démentir
cette impression de confinement. Nous
sommes à l’intérieur d’un monde fermé,
dans un dispositif plus propice au
corporatisme qu’à un réel débat public.
Ici, on ne parle pas de citoyens, ni
même de spectateurs, on dit :
"consommateurs".
"Le marché" est au
coeur des débats, la notion d’espace
public n’est jamais évoquée.
L’intervention de la commissaire
européenne Viviane Reding, s’affichant
comme garante du libre marché, du libre
marché et encore du libre marché, ne
dénote pas dans ce contexte. Vantant les
mérites de sa nouvelle directive — dont
l’adoption définitive est prévue en
novembre et qui assouplit sensiblement
le cadre réglementaire notamment en
terme de publicité — Mme Reding plaide
pour que les Etats membres la
transposent en droit national avec une
"light hand" ("main
légère"). "Je
demande aux Etats membres de ne pas
surcharger la barque réglementaire",
tient-elle à préciser.
Quelle place pour
les médias "du troisième type" ?
Le CSA m’avait demandé de prendre part à
un débat intitulé :
"Quelle réglementation pour les services
linéaires et non linéaires ?" Le
sous-titre, étayé par une note de
préparation de 20 pages, spécifiait les
questions qui seraient abordées :
"autorisation,
transparence et pluralisme, diversité
culturelle…". J’étais invité à la
fois en tant que membre de Radio Panik [3],
l’une des radios d’expression que compte
encore la Communauté française, et pour
mon expérience au sein du Cinéma Nova [4],
où nous nous intéressons depuis des
années à l’essor de télévisions
"citoyennes", "communautaires",
"locales" (mais pas sur le modèle qu’on
connaît en Belgique), "de quartiers",
aux quatre coins du monde. Un phénomène
qui s’avère quasi-inexistant en
Belgique, essentiellement pour des
raisons législatives et non
technologiques.
J’avais donc l’intention d’extrapoler
l’exemple des radios associatives (et,
dans une moindre mesure, celui des
ateliers de production qui existent dans
le champ de la création sonore et du
cinéma) aux domaines de la télévision,
de l’internet et du numérique.
L’exercice est intéressant pour défendre
l’idée d’un "tiers secteur
audiovisuel" [5],
associatif et non marchand, qui soit
soumis à des critères et à des
dispositifs distincts de ceux prévus
pour les médias publics et commerciaux.
Un raisonnement d’une grande simplicité,
puisqu’il se résume à étendre à
l’audiovisuel le principe, si cher aux
yeux de la Communauté française, de la
démocratie culturelle. Mais une logique
qui n’est pas dans l’air du temps, car
elle invite à réfléchir sous l’angle de
l’espace public et affirme la
prépondérance du politique — absent du
colloque — sur le marché et sur les
questions technologiques.
Permettre l’émergence et soutenir
l’existence de médias dits "du troisième
type", non régis par le marché ni
dépendants du politique, serait un acte
cohérent avec les politiques culturelles
de la Communauté française : démocratie
culturelle, démocratie participative,
démocratisation de la culture, éducation
permanente... Face aux phénomènes de
concentration de l’industrie des médias,
du divertissement et de la
communication, et alors que le service
public s’est converti à la concurrence
de marché et ne compte même plus remplir
ses missions premières, il s’agit de
préserver et de créer des espaces de
liberté, d’expérimentation, de
créativité ; des médias qui
réinvestissent l’aspect local, échappent
au formatage du langage et des formats
audiovisuels, refusent la publicité,
permettent une appropriation "citoyenne"
et une éducation critique des médias,
privilégient l’expression de catégories
de la population qui en sont
habituellement privées…
Ce ne sont pas de nouvelles technologies
qui rendront possibles l’avènement de
tels médias, c’est la volonté
politique [6] :
adaptations décrétales et mise en place
de dispositifs de soutiens, par exemple
en faisant contribuer techniquement ou
financièrement les éditeurs, diffuseurs
et opérateurs commerciaux. Notons
d’ailleurs que certaines évolutions
technologiques, si elles ne sont pas
encadrées judicieusement, vont
désavantager et menacer les médias
associatifs existants — à cause des
coûts d’équipement ou de la nécessité de
passer par l’intermédiaire d’opérateurs
privés pour la diffusion. A moins, bien
sûr, que la réglementation ne prenne en
compte cette dimension… Or les
réglementations européennes ignorent la
possibilité que de tels éditeurs de
service soient habilités à produire et à
diffuser des contenus, nécessitant donc
un traitement législatif adapté. Est-ce
par incompatibilité avec la vision
européenne de la libre concurrence ? Si
c’est réellement le cas, on dira adieu à
terme à une série de spécificités des
politiques culturelle ou audiovisuelle
de la Communauté française : les
ateliers de production et de création,
les aides à la production, le
subventionnement des cinémas d’art et
essai ou encore celui, tant promis et
toujours pas existant, des radios
associatives…
Le Martien de
service
Tout en écoutant le premier panel, animé
par un membre d’un cabinet international
spécialisé en droit de la concurrence ;
en assistant aux circonvolutions de
Jean-Paul Philippot demandant
"du pragmatisme" et
"un peu d’humilité dans
le chef de la Communauté française" ;
ou encore à la déclaration de François
Le Hodey (administrateur délégué d’IPM
qui édite notamment "La Libre Belgique"
et "La Dernière Heure"), expliquant que
son principal métier c’est désormais l’internet…
la raison de ma présence devenait
claire. Il s’agissait d’offrir au second
panel ce que le représentant des
télévisions communautaires (RTC-Télé
Liège) offrait à celui-ci : un apparat
de pluralisme, un improbable rôle de
figurant. Le Martien de service…
Le CSA a aussi choisi de confier la
modération du second panel à un
représentant du monde juridique. C’est
Agnès Maqua, membre de Koan [7],
un cabinet spécialisé dans les
stratégies légales et travaillant pour
le compte de grands groupes de
communication, médias généralistes et
agences de publicité. La mise en
contexte est néanmoins confiée à un
membre du CSA, qui pose certaines
questions notamment sur les dangers de
la concentration médiatique (par
exemple, le groupe RTL, qui appartient à
Bertelsmann — premier groupe européen de
communication et le quatrième au niveau
mondial —, possède lui-même deux réseaux
radio en Communauté française : BelRTL
et Radio Contact, sans compter Mint et
Fun Radio) et de l’apparition de
positions dominantes chez les opérateurs
(Belgacom est à la fois éditeur,
diffuseur et opérateur technique). Des
questions qui ne trouveront aucun écho
dans la discussion.
Le tour de table se focalise sur les
stratégies des pointures qui ont fait
l’honneur de leur présence : Jérôme de
Béthune, qui remplace l’administrateur
délégué de TVi Philippe Delusinne ;
Jean-Charles De Keyser, vice-président
de Belgacom TV et patron de Skynet, venu
remplacer Didier Bellens ; et dans une
moindre mesure Jean-Louis Blanchard,
remplaçant pour sa part le Secrétaire
général de la Communauté française Henry
Ingberg. D’emblée, "Agnès" est à tu et à
toi avec "Jean-Charles" et "Jérôme". Je
remarque que ce dernier, assis à mes
côtés, lit des réponses pré-écrites. Il
a bénéficié d’un petit traitement de
faveur : les questions posées par Agnès
Maqua lui ont été communiquées à
l’avance. Entre amis, quoi de plus
normal ? Mais le secrétaire général de
RTL-TVI occupe une position plus
qu’ambiguë dans ce colloque, sa chaîne
ayant officiellement déménagé au
Luxembourg pour ne plus être sujette au
droit de la Communauté française et
échapper aux prérogatives du CSA [8].
Il évite d’être provocateur et souligne
surtout l’intérêt de son groupe pour le
secteur de la web TV, qui se confirme
avec le lancement de "You make TV", le
futur "You Tube à la
belge".
Jean-Charles De Keyser, quant à lui, n’a
pas besoin de suivre le texte qu’une
collaboratrice lui a préparé. Outre son
habituel bagout, il dispose de deux
assistantes assises au premier rang lui
communiquant de petites notes au gré de
la discussion. L’ancien enfant sacré de
RTL aime parler, il laisse même
entrevoir sa vision de la
"co-régulation". Les
chaînes pour lesquelles il a travaillé,
explique-t-il, ont toujours été "en
avance sur le droit" ; par exemple
lorsqu’elles diffusaient de la publicité
en dépit d’une interdiction légale.
Mettez-vous un instant dans sa
position : comment ne pas être séduit
par cette
"co-régulation" où le privé s’impose
au politique par des faits accomplis ?
En échange, il est vrai, d’une
contribution financière à l’un ou
l’autre pot commun — plus spécifiquement
le Centre du Cinéma cher aux yeux du
Ministère de l’Audiovisuel.
Pour terminer sur une touche de cet
humour potache dont certains grands
patrons ont le secret, voilà que De
Keyser félicite son ancien employeur
pour sa "participation
volontaire" à la caisse du Centre du
Cinéma, alors que son nouveau statut
luxembourgeois ne l’y oblige plus. Ce
clin d’oeil amusé à RTL, ainsi qu’au
Ministère, fait allusion à ce "geste" de
la télévision luxembourgeoise qui est
considéré comme le fruit d’un accord à
l’amiable avec la Communauté française.
L’intervention de Jean-Louis Blanchard
va d’ailleurs le confirmer : la
Communauté jure avant tout par le
financement du Centre du Cinéma…
Et voilà que vient mon tour. Je ne
m’offusque pas quand la modératrice se
moque gentiment de moi, du nom de la
radio que je représente, et n’évoque ni
le Nova ni les télévisions associatives.
Mais lorsqu’elle me donne la parole, en
fin de tour de table, c’est uniquement
pour répondre à "une
petite question" sur la diffusion
radio non linéaire. Un domaine
d’activités dans lequel, actuellement,
les radios du troisième type ne peuvent
pas même envisager développer des
projets. Je fais cette précision… En
l’absence de statut les distinguant des
autres radios "privées" [9],
les radios d’expression sont soumises
par la Communauté française et le CSA à
des critères qui ne leur correspondent
pas, elles sont taxées par la SABAM et
la "Rémunération équitable" au même
régime que les radios commerciales et se
débrouillent avec des budgets
ridiculement bas (en moyenne, 10.000
euros par an). Par contre, depuis 10
ans, les radios commerciales qui
accumulent des bénéfices publicitaires
plantureux refusent de contribuer au
fonds d’aide à la création
radiophonique. Elles arguent de
l’absence de plan de fréquences FM [10]
pour ne pas s’acquitter de cette
obligation du décret sur l’Audiovisuel.
Pendant ce temps, la publicité passe
chaque jour sur leurs ondes et la
Communauté française retarde, encore et
encore, la mise en place d’un
subventionnement des radios
associatives.
Mais faire ce rappel préalable, parler
de diversité culturelle par ce biais,
c’est manifestement tenir un discours
d’une autre planète (ou d’un autre âge)
dans le colloque du CSA. Décalé. Hors
propos. La modératrice semble tout
ignorer de l’histoire et de la réalité
des médias associatifs — situées il est
vrai à cent mille lieues des enjeux de
ses clients habituels —, et cela ne
semble pas l’intéresser. D’ailleurs,
elle décrète mon temps de parole déjà
écoulé. Rideau. Pause déjeuner. Je n’ai
pas le courage d’attendre le troisième
panel, dans lequel le CRIOC [11]
tiendra à son tour le rôle de
représentation symbolique dévolu aux
médias associatifs et aux associations
d’usagers. Certes, il ne faut sans doute
pas espérer du CSA qu’il organise des
débats différents de ceux auxquels la
télévision nous a habitués. Mais la
différence c’est que pour la télévision,
au moins, il existe une instance de
régulation… qui veille au grain,
"garantit la pluralité des opinions",
"stimule la diversité culturelle" et
fait "respecter les temps de parole" !
Plus grave, le dispositif voulu par le
CSA en dit long sur l’état des forces
actuel dans le secteur audiovisuel.
Trusté par les groupes privés, le
colloque reflétait-il l’état des
réflexions au sein de l’instance de
régulation ? Et quid de la position de
la Communauté française, qu’on n’a pas
entendue ? Alors que le Gouvernement va
renouveler dans quelques semaines le
Bureau du CSA et reproche à sa
Présidente actuelle, détestée par
Delusinne et Philippot,
"d’être trop indépendante du pouvoir
politique" [12] ;
alors que la récente formation du
nouveau Collège d’Avis a déjà donné lieu
à une sur-représentation des
producteurs, distributeurs de services
audiovisuels et autres régies
publicitaires [13] ;
et à l’heure où l’adoption de la
nouvelle directive européenne sur les
services de médias audiovisuels et sa
transposition en droit national sont
imminentes… il est plus que temps de
s’en inquiéter.
Gwenaël Breës
[1]
Lire :
"Commission européenne :
Projet de
directive sur les services de médias
audiovisuels", Observatoire
européen de l’audiovisuel. Lire aussi :
"Parlement
européen :
Première lecture de la Directive sur les
services de médias audiovisuels",
Institut du droit de l’information (IViR),
Université d’Amsterdam.
[2]
Selon l’expression du patron de TF1,
Patrick Le Lay, cité dans "Les
Dirigeants français et le changement",
collectif d’auteurs, éditions Huitième
Jour, juin 2004.
[3]
Site de Radio Panik :
www.radiopanik.org.
[4]
Site du Cinéma Nova :
www.nova-cinema.org.
[5]
A propos de l’historique du tiers
secteur audiovisuel en France,
plusieurs articles sont proposés sur le
site d’Acrimed
(Observatoire des médias).
[6]
A ce sujet, lire
"Le tiers secteur,
premier entrepreneur de l’audiovisuel
local", Christian Pradié,
"Les Dossiers de l’audiovisuel" n°95,
janvier-février 2001.
[7]
Cabinet Koan :
www.koan.be.
[8]
Lire :
"Pour le CSA,
RTL-TVI est bien Belge",
Pierre-François Lovens, "La Libre
Belgique", 1er décembre 2006.
[9]
Lire
"Revendications
des radios encore libres".
[10]
Lire :
"Plan de
fréquences : quand diversité rime avec
parts de marché", carte
blanche des radios associatives.
[11]
Centre de
recherche et d’information des
organisations de consommateurs.
[12]
Lire :
"Evelyne Lentzen
bientôt "débarquée" du CSA",
Pierre-François Lovens, "La Libre
Belgique", 26 septembre 2007.
[13]
Lire :
"Nominations
contestables au Collège d’Avis du CSA :
Vive les publicitaires ! Vive
Delusinne !", Bernard Hennebert,
"Le Journal du Mardi", 26 juin 2007.
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Revendications des
radios encore libres :
- La reconnaissance d’un statut spécifique.
- Leur financement.
- Le plan de fréquences.
★ ★ ★
Texte des radios libres non commerciales,
lu aux états généraux de la culture le 2 juin 2005
Avant de commencer mon intervention, je tiens à vous
remercier Madame La Ministre, de nous donner l’occasion
de vous exposer « en direct », quelques unes de nos
préoccupations.
Lorsque je parle de nos préoccupations, il s’agit de
celles de quelques radios au nom desquelles je prends la
parole aujourd’hui, de quelques radios privées … de
statut, de subsides et de fréquences convenables !
De radios qui ne se reconnaissent pas quand on les
appelle privées.
De radios qui n’acceptent pas qu’un décret les classe
dans la catégorie fourre tout que l’on nomme « radios
indépendantes ».
Ces radios veulent que l’on reconnaisse leurs
spécificités : elles sont associatives, culturelles et
même multiculturelles, elles sont rurales,
universitaires, communautaires ou du troisième type,
comme on les appelle parfois. Ce sont autant de voix
différentes dans la jungle des ondes et la plupart
existent depuis vingt cinq ans.
Si je prends la parole aujourd’hui c’est pour vous
faire part de ce qu’il faut bien appeler nos
revendications. J’aborderai trois points qui nous
paraissent essentiels
- La reconnaissance d’un statut pour nos radios.
- Leur financement via le fonds d’aide à la création.
- Le plan de fréquences.
Commençons par le statut.
Dans un premier temps, les lois, décrets et arrêtés
reconnaissaient explicitement l’existence de plusieurs
catégories de radios, notamment des radios culturelles
et socioculturelles. Mais, depuis le décret
d’inspiration libérale et marchande, de 2003, nos radios
sont quasiment ignorées. Seuls existent les réseaux et
les radios indépendantes, à côté du service public, bien
évidemment, et aussi des radios d’écoles.
Nous souhaitons vivement que, comme en France, comme au
Québec, comme en Communauté française avant 1997, la
loi, décret ou arrêté, qu’importe, reconnaisse
explicitement nos différences, nous distingue des radios
indépendantes et nous garantisse un statut.
Indépendantes, nos radios le sont, mais cette
qualification est un peu courte.
Faites par des citoyens pour les citoyens, elles sont
indépendantes de tout groupe financier, de tout parti,
de tout syndicat et elles sont avant tout indépendantes
d’esprit et n’ont pas le moindre but lucratif.
Nos radios font un travail culturel et social
spécifique que l’on retrouve à la fois dans le contenu
des programmes, dans les musiques diffusées, mais aussi
et surtout au travers des associations, groupes et
individus auxquels elles donnent la parole. Ce sont les
seules, par exemple, qui, au jour le jour, offrent un
espace d’expression
aux communautés étrangères ou d’origines étrangères.
Dans nos radios il n’y a pas de formatage musical dicté
par le marché du disque, nous passons des groupes et
chanteurs qui sont peu ou pas entendus ailleurs, dont
les textes et les musiques n’ont rien à voir avec des
produits commerciaux standardisés. Il n’y a pas non plus
de formatage en terme d’information, imposé par la
diffusion de spots publicitaires, ou par des schémas du
type « music and news ». Lorsque nous traitons ou que
nous débattons d’un sujet nous prenons le temps qu’il
faut pour l’examiner en profondeur, même si cela dure
une heure, deux heures ou plus.
Nos radios sont le
seul espace d'expression citoyenne du paysage
audiovisuel.
Elles constituent également un solide rempart
contre l’expansion des réseaux commerciaux, laquelle a
comme corollaire une concentration, une sorte de « berlusconisation »
du média radio, avec tous les dangers que cela comporte
en terme de pluralisme d’opinion et de démocratie.
Au cours de leurs vingt cinq ans d’existence, nos
radios ont vu se succéder des milliers de bénévoles, des
milliers,… tour à tour animateurs, techniciens ou
journalistes. Elles ont contribué, et contribuent
encore, à la formation de journalistes ou d’animateurs
professionnels que l’on retrouve notamment à la RTBF.
Elles constituent un « terreau pour les jeunes » comme
le signalait le secrétaire général du groupe Contact,
lors d’un déjeuner médias organisé à l’ULB en mars 2004.
C’est également dans nos radios que des artistes belges
francophones, écrivains, auteurs, compositeurs,
interprètes ont pu faire leurs premiers pas.
Loin
du conformisme induit par la pression des annonceurs et
des régies publicitaires, nos
radios ont en commun
l'audace, la liberté de ton et un mode de fonctionnement
participatif.
Le fait qu’aucun statut ne les différencie du reste des
« indépendantes » pèse lourd pour les radios du
troisième type. Par exemple, c'est au même titre que
n'importe quelle radio commerciale qu'elles sont
redevables de droits d'auteurs et d'interprètes toujours
plus conséquents. De même, elles n'émargent à aucun
dispositif de subventionnement dans le champ de
l'Audiovisuel. Elles ne peuvent pas prétendre à l'aide
d'un autre secteur de la Communauté française, puisque
avant d'être « non-marchandes » ou « d'éducation
permanente », elles sont considérées comme des « radios
privées » comme toutes les autres...
Sans
subventions, sans recettes publicitaires,
(et
ça
c’est un choix),
sans tarifs préférentiels, les radios du troisième type
continuent leur travail de défrichage, de médiation,
d'expérimentation, de création et de formation. Ouvertes
à l'expression de catégories de la population qui ne
sont pas ou peu représentées dans les médias
traditionnels, elles se substituent, ou, plus
modestement, elles complètent la mission du service
public quant à son obligation de diversité.
Elles
sont sans statut et pourtant, elles existent !
La reconnaissance d’un statut particulier, à l’instar
de la situation en France ou au Québec, et que nous
connaissions en Communauté française, je le rappelle,
permettrait à nos radios de négocier un tarif
préférentiel avec les sociétés d’auteurs. Il faut savoir
que nous payons cinq fois plus de droits que nos
collègues françaises et dix fois plus que nos collègues
québécoises qui elles ont un statut spécifique. De plus,
certaines de nos radios consacrent plus de 20% de leur
budget au paiement de droits d’auteurs.
Ce statut nous permettrait aussi de prétendre à de
nouvelles sources de financement. Je pense en
particulier, à l’éducation permanente, mais aussi à du
financement européen que nous pourrions obtenir avec nos
radios sœurs d’autres pays de l’union.
Voilà pour le statut, venons en au point suivant.
Le financement par le fonds d’aide à la création
radiophonique (FACR).
Au temps de la préhistoire, je parle de l’époque ou les
radios indépendantes étaient libres, il a existé un
fonds d’aide à la production radiophonique. Ce fonds a
notamment servi à financer des projets d’émissions
ponctuelles mais également à payer les droits d’auteurs
réclamés à nos radios.
C’est un décret de 1987 qui a institué le fonds d’aide à
la création radiophonique sous une forme très proche de
celle que nous connaissons aujourd’hui. Dans les bilans
du fonds, édités sous la responsabilité d’Henry Ingberg,
on trouve le détail des subventions accordées et toutes
sortes de statistiques fort intéressantes.
On découvre aussi qu’en général les montants octroyés
sont inférieurs aux recettes du fonds et que ce boni a
permis de soutenir financièrement des festivals de
création sonore en 1998, 2001 et 2003. Par ailleurs,
depuis l’année 2000, le fonds subventionne une
« structure d’accueil » l’atelier de création sonore et
radiophonique (ACSR).
Je n’ai pas l’intention de m’étendre sur ces questions,
mais je ne vous cache pas que dans nos radios nous nous
posons des questions quant à la politique et au
fonctionnement du fonds. Notre définition de la
"création radio" est assez différente de celle,
élitiste, que prônent le fonds et sa « structure
d’accueil ».
Pour les radios associatives, la création radio ne doit
pas être confinée à certaines cases de fin de soirée sur
la Première, mais contaminer tous les programmes. A cet
égard, on parlerait plutôt de "créativité radiophonique"
que de « création sonore ». Ainsi, nous souhaitons très
vivement être associés à une redéfinition des missions
du fonds dans la mesure où la reconnaissance effective
des réseaux les obligera, enfin, à contribuer aux
recettes de
ce
fonds.
Nous souhaitons en effet que soit trouvée une solution
structurelle au financement, du moins partiel,
de nos radios. Plusieurs pistes sont possibles. Nos
radios sont de facto des structures d’accueil. A ce
titre, le fonds pourrait leur allouer une subvention,
sur la base de missions à remplir. Nos radios sont aussi
productrices d’émissions et font de la création sonore
et radiophonique « au quotidien ». Plutôt que de
recevoir des subsides au coup par coup, sur la base de
projets particuliers, elles devraient se voir attribuer
un subside récurrent « pour l’ensemble de leurs
œuvres ». Elles sont enfin diffuseurs de productions
financées par le fonds d’aide à la création. Voilà une
troisième bonne raison de leur octroyer un subside
spécifique.
Ces demandes de subventions n’ont rien de farfelu, elles
sont dans le droit fil des conclusions que tirait Robert
Wangermée, alors président du conseil supérieur de
l’audiovisuel, dans le rapport établi à la suite des
« Carrefours professionnels de l’audiovisuel » mis en
place par Elio Di Rupo en 1993. Voici un extrait du
volet "Carrefour Radios" on y lit, page 22 :
"LE FONDS D'AIDE A LA CREATION RADIOPHONIQUE"
"Le principe de l'existence d'un Fonds d'Aide à la
Création Radiophonique est reconnu par tous les
participants au Carrefour.
Cependant, l'idée de réorienter l'utilisation des
montants récoltés vers le financement de radios
socioculturelles plutôt que de financer des programmes,
rencontre l'adhésion de chacun.
Au niveau des sources de financement du Fonds, le
Carrefour confirme le principe de la contribution
solidaire de l'ensemble des radios (publiques et
privées) exploitant le marché publicitaire et ce, selon
des critères objectifs à définir, sans exclure le
financement par subsides de la Communauté.
Il est entendu qu'une radio culturelle qui émargerait au
Fonds d'Aide à la Création s'interdit de récolter de la
publicité sur le marché."
Pour illustrer le bien fondé de notre deuxième
revendication, voici quelques chiffres. Ils sont basés
sur des données provenant d’une des radios au nom
desquelles je m’exprime ici et que j’appellerai Radio X.
Le budget annuel de Radio X est en moyenne de 12.500
euros. Elle est financée par ses animateurs et quelques
auditeurs fidèles qui payent des cotisations mensuelles
allant de 2,5 à 20 euros.
Dans les douze mois
à venir, Radio X produira plus de 3.000 heures
d’émissions dont au moins 800 heures de création
radiophonique. Parmi ces 800 heures, 25% seront des
fictions originales et 75% seront consacrées à
l’information de fond sous forme notamment de magazines
(par opposition aux flashes d’information de deux ou
trois minutes que pratiquent la plupart des radios
privées, en réseau ou non, et basées sur des dépêches
d’agences ou des articles de la presse quotidienne).
Durant cette même période Radio X diffusera près de 800
heures de musique expérimentale et de « Radio Art »
puisées dans un stock constitué par quelques uns de ses
animateurs. Ces prévisions sont basées sur des données
objectives qui résultent du bilan de 25 ans de travail
de Radio X.
L’ensemble représentera plus de 20.000 heures de
préparation assumées par une quarantaine de bénévoles.
En contrepoint, et c’est un exemple parmi d’autres, les
bilans du fonds montrent également que la réalisation et
la production de deux heures d’émissions et d’une heure
de performance en direct… peut se voir attribuer une
aide égale au double du budget annuel de Radio X, soit
25.000 euros.
Clairement, nous revendiquons un financement pour la
globalité de nos programmes, plutôt que pour certaines
émissions isolées, ponctuelles et très coûteuses. Les
derniers avis de la commission de sélection du FACR vont
d'ailleurs dans ce sens.
Pour en finir avec ce deuxième point, voici une demande
concrète : l’octroi d’une subvention annuelle, sous
forme directe ou indirecte, fonction des besoins réels
de nos radios, dont le montant maximum serait de l’ordre
de 8.000 euros. Et si on me demande combien cela
pourrait représenter en tout, je répondrais environ
60.000 euros par an pour faire vivre une dizaine de
radios.
Terminons par le plan de fréquence.
Nous
ignorons où en sont les travaux de l’administration en
ce qui concerne le futur plan de fréquences. Toutefois,
nous tenons à vous faire part de quelques
considérations.
Tout d’abord, il existe de très nombreuses façons de
faire un plan de fréquences, tout dépend de la politique
qu’on décide de mener. Ainsi, selon les normes de
l’arrêté Willockx (8 Km, 100 W) qui doit dater de 1981,
si ma mémoire est bonne, il n’y a aucune difficulté à
placer 2.500 radios sur le territoire de la communauté
française, sans le moindre brouillage. Par contre, si
l’on se réfère au plan libéral du 2 avril 2003 il n’y a
qu’environ 300 fréquences disponibles avec des conforts
d’écoutes très différents.
Ce plan était d’ailleurs un véritable scandale.
Plusieurs options étaient envisagées, selon le nombre de
réseaux que la Communauté souhaitait reconnaître. A
titre de simple exemple, l’option dite à cinq réseaux,
qui est la plus favorable aux radios indépendantes, leur
réservait une centaine de fréquences,
les deux cents fréquences restantes allant aux cinq
réseaux.
Pas vraiment scandaleux, à première vue. Si on examine
les choses d’un peu plus près, en terme de puissance
installée, on arrive à la conclusion proprement
ahurissante que les réseaux bénéficient de 94% de la
puissance totale et les autres du reliquat ridicule de
6%. Mais ce n’est pas tout, les
"paquets"
de fréquences réseaux sont de véritables costumes
taillés sur mesure et permettent immédiatement de voir
que le premier réseau sera le réseau Bel-RTL, avec 34%
de la puissance totale, suivi du réseau Contact avec
24%, pour ne citer que les deux premiers. Nous craignons
fort que le prochain plan ne ressemble comme deux
gouttes au plan d’avril 2003.
Voici donc notre demande, elle comporte deux volets et
concerne la garantie d’un certain équilibre du paysage
radiophonique :
- une redistribution partielle des fréquences, par
échanges entre le paquet réservé aux radios
indépendantes et les paquets réservés aux réseaux, de
façon à ce que les radios indépendantes et du
« troisième type » puissent disposer d’au moins 12% de
la puissance totale disponible. Notez bien qu’en toute
équité, la répartition devrait être de 34% à 66% en
faveur des réseaux, si on se base sur le nombre des
fréquences.
- L’assurance que tout citoyen puisse capter les trois
types de radios, radio de réseau, radio indépendante ou
radio associative du « troisième type » avec le même
confort d’écoute.
Il est en effet, par exemple, totalement inadmissible
que pour couvrir une zone urbaine, que ce soit
Charleroi, Mons, Liège ou Bruxelles les radios de
réseaux disposent de puissances de plusieurs kilowatts
et que les autres radios,
pour couvrir la même zone, verraient leurs puissances
plafonnées à 100 watts ?
Voilà, Madame La Ministre, Mesdames, Messieurs, je
termine avec le résumé de nos revendications :
- La reconnaissance d’un statut particulier pour nos
radios, garanti juridiquement.
- Le financement partiel mais structurel de nos
radios via le fonds d’aide à la création, soit comme
structures d’accueil, soit en tenant compte de nos
créations, productions et diffusions selon des modalités
à définir.
- Une amélioration globale des conditions d’émission
des radios hors réseau par un juste rééquilibrage des
fréquences attribuées à l’ensemble des opérateurs radio.
Je vous remercie de votre attention.
Texte lu au nom des radios suivantes :
Radio Air Libre
Radio Campus
Radio Si
Radio OSR
Radio Panik
Radio UMH
Radio 1180
RUN
|
RETOUR
|
Les Etats généraux de la Culture?
Vivement que ça émerge!
Carte
blanche
:
La culture
c'est ça, aussi!
Fadila Laanan est une Ministre prudente. Première de longue
date à regrouper dans ses mains l'ensemble des compétences culturelles, de la
jeunesse et de l'audiovisuel, et consciente que son profil susciterait bien des
espoirs, elle s'est gardée jusqu'à présent de toute promesse inconsidérée.
Héritant de la promesse des "Etats généraux de la culture" faite lors des
dernières élections par le président du PS, elle doit à présent en assumer
l'organisation.
Contrastant avec les pratiques de ses prédécesseurs, son Cabinet
s'est distingué par sa réserve et le soin mis à éviter les effets d'annonce.
Dirigé par l'ancien chef de Cabinet d'Elio Di Rupo, celui-ci est composé en
partie de collaborateurs expérimentés du monde culturel et a fait le choix
d'associer l'Administration à son travail — deux éléments assez rares pour être
soulignés.
Les "Etats généraux de la culture" (EGC)? Un titre ambitieux, pour un projet
dont la mise en oeuvre s'avère l'être bien moins. Et il y a de quoi s'en
inquiéter, à l'heure où ce "projet de refondation", sensé "tracer de réelles
perspectives" pour l'avenir, entre dans sa seconde phase. Les méthodologies et
les dispositifs utilisés, comme les moyens humains et financiers consacrés à
cette opération, doivent être au centre des attentions. Or, ils nous semblent ne
pas être des plus appropriés et entrent parfois en contradiction avec les
objectifs affichés…
• Un "processus réellement participatif s’impose comme une exigence", écrivait
la Ministre dans sa note d'intention. Le site des EGC
(1) constate que "les
usagers et les pratiquants de la culture n’ont pas d’espace pour faire entendre
leur voix et leurs attentes" et précise que la recherche de "ce lien avec les
publics fonde et légitime le sens de l’action culturelle". Pourtant, l'écueil de
débats confinés aux "professionnels" attitrés de la culture n'a pu être évité.
Les publics, les usagers se désintéresseraient-ils de ces questions? On peut
dire à leur décharge que des efforts et des moyens adéquats n'ont pas été mis en
oeuvre pour tenter de s'adresser à eux. La démocratie culturelle, ces principes
de participation active des usagers chers à la Communauté française, ne
doit-elle pas s'appliquer à une telle concertation?
• "L'objectif n’est pas d’occuper la scène médiatique ou de distraire les
acteurs culturels en vue de gagner du temps". Mais comment convaincre ceux-ci,
quand les EGC ne tiennent quasiment pas compte des réflexions précédemment
menées à l'initiative de la Communauté française sur ces mêmes questions — par
exemple: le livre "Culture et citoyenneté", présenté par le Ministre Demotte en
2002 comme "le résultat d'un processus de réflexion original et ambitieux, conçu
dans le long terme (près de 4 ans), auquel ont participé près d'un millier de
personnes, d'associations et d'institutions" — ?
• La Ministre se dit "convaincue que l’enjeu n’est pas catégoriel mais
sociétal". Impliquer un ensemble hétérogène de publics d'origines et de
conditions différentes est une condition à l'émergence d'un tel débat. La
culture n'est ni un "secteur" ni un "monde" à part qui resterait étranger à des
problématiques comme le chômage, la montée de l'extrême droite, les guerres, la
privatisation des services publics, de l'espace public… Les EGC ont tout intérêt
à connecter les questions culturelles aux enjeux de société. Mais s'en
donne-t-on le temps, quand on en arrive à vouloir traiter l'ensemble des aspects
audiovisuels en à peine deux après-midi
(2)?!
• L'ambition des EGC est "d’ouvrir un débat, largement intersectoriel,
décloisonné et transversal, de manière à dépasser les logiques corporatistes,
les pesanteurs, les ghettos et à dégager une vision prospective des politiques
publiques de la culture". Mais l'absence apparente de certaines questions (les
minorités culturelles, les rapports public/privé, les processus d'évaluation,
etc.) y est incompréhensible et les échanges qui se succèdent sont
essentiellement sectoriels: la danse, le théâtre, la musique classique, etc.
défilent tour à tour, sans croisements ni mélanges. Ce découpage, qui correspond
au cloisonnement actuel des politiques culturelles, laisse sur le côté une série
de pratiques non concernées par cette compartimentation. Lorsque la 14ème
thématique concerne enfin une question transversale — celle des publics
(3) —,
la Ministre parle dans son invitation d'une rencontre "sur le secteur du Rapport
au Public"! Lapsus révélateur?
• Il faudra aussi s'entendre sur la nature-même des "Etats généraux". Présentés
d'une part comme un large débat sociétal, la Ministre précise de l'autre qu'il
"ne s’agit pas d’un débat mais d’une écoute des revendications du secteur". Sans
doute serait-il plus juste, dès lors, de parler d'un inventaire ou d'une
radiographie catégorielle des secteurs culturels subventionnés et des opérateurs
reconnus par la Communauté française, et d'en tirer les conséquences.
• Dans cette addition d'états particuliers, les "cultures émergentes", souvent
citées par la Ministre, ne trouvent aucune traduction concrète. Il aurait été
logique de les intégrer de manière transversale aux EGC. A nos yeux,
"l'émergence" constitue un ensemble de pratiques et de questions posées à tous
les niveaux et à tous les moments de la vie culturelle, qui nous invite tous à
redéfinir, à construire de nouveaux mots et de nouvelles façons d'agir
collectivement, à inventer de nouveaux rapports avec l'Etat ou encore à résister
à la "professionnalisation" comme remède miracle…
Pourtant, c'est un débat "sectoriel" qui fut annoncé sur la question. Puisque
même les "opérateurs phares" allaient avoir leur rencontre
(4), pourquoi pas un
débat avec les "cultures émergentes"? On aurait tout de même pu y interroger ce
qui se passe derrière ce terme qui nous file constamment entre les doigts, y
affirmer que quelque chose de précieux se joue là, de nouveaux désirs de faire
de la politique, alors que l'on ne cesse de nous dire que nos générations sont
atrophiées… Ironie! Les organisateurs ont changé de thème, le recentrant sur...
"les musiques actuelles et émergentes".
Quid des déclarations sur ces "grands déséquilibres qu'il faut revoir", sur ces
"cultures émergentes qu'il faut mieux soutenir"? Vont-elles trouver une place
dans les EGC, par exemple dans le cadre du débat sur l'Education Permanente
(5)?
Au bout de 27 ans, ce champ d'action situé aux confins du culturel, du politique
et du social, vient de faire les frais d'une grande réforme. Et, si l'on peut
faire de nombreux parallèles entre l'Education Permanente et certaines cultures
ou pratiques "émergentes", ce nouveau décret a finalement laissé ces questions
de côté. Les EGC devraient être l'occasion idéale de les rouvrir!
Si "la méthode participative et l’urgence ne justifient pas une confusion des
rôles", nous pourrions ajouter qu'elles ne peuvent non plus justifier un
processus inapproprié, ni des conclusions précipitées. Surtout s'il s'agit de
rien moins que "refonder un modèle culturel".
C'est pourquoi nous voulons rappeler ici certaines exigences que s'étaient fixés
les Etats généraux. Et plus, exprimer notre désir d'une "transformation plus
profonde encore des pouvoirs politiques et administratifs" liant "la qualité
d'une décision à l'existence de contre-expertises", d'une "version de la
démocratie qui imposerait aux tenants du pouvoir d'accueillir et de soutenir
l'émergence de groupes voués pourtant à leur compliquer la vie"
(6).
La culture
c'est ça, aussi!
Carte blanche signée par
une trentaine d'associations :
Agency, Ateliers Mommen, Blabla Express, BlowUp, Bruxelles nous
appartient, Cinéma Nova, La Cinquième couche, City Mine(d), Les Corsaires,
Ecolabus, Editions Aden, l'Employé du Moi, Et la bête asbl, La Ferme du Biéreau, Fréon, iMal – i-cult.be, Komplot asbl, Magazins, Matamore Recordings,
Moving Art Studio – all2all.org, Parcours Citoyen, Plus Tôt-Te Laat, Le P'tit
Ciné, Les P'tits Belges, Radio Air Libre, Radio Campus, Radio Panik, Seeing,
Simili-Théâtre, La Souris qui rugit, Souterrain Production, Théâtre du
N-ombr'île, Tilt, Zelig/Editions du Souffle, Zorobabel.
Notes
(1)
http://www.forumculture.be
(2) Cinéma: le 4 mai; Médias et audiovisuel: le 3 juin.
(3) Le 16 avril.
(4) Le 29 avril.
(5) Le 18 avril.
(6) Bernadette Bensaude-Vincent & Isabelle Stengers, "100 mots pour commencer à
penser les sciences", Les empêcheurs de penser en rond, 2003.
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Diversité Culturelle !
Depuis quelques années, les citoyens d’Europe se sont
rendu compte de l’importance des décisions prises au
sein d’instances comme l’Organisation Mondiale du
Commerce (OMC). Pour les professionnels des secteurs
culturels, ce devoir de vigilance engagé depuis plus de
quinze ans est plus important encore !
En effet, l’OMC s’est donné pour objectif à long terme
d’ouvrir et de libéraliser l’ensemble des secteurs
d’activité. Concrètement, cela signifie que chaque pays
membre de l’OMC devra accepter sans restrictions
tarifaires les « produits » des autres pays membres et
qu’il ne pourra prendre aucune mesure qui fausserait la
concurrence, c’est-à-dire qui favoriserait les «
produits » nationaux par rapport à leurs concurrents
étrangers.
Si cette logique de libéralisation devait être imposée
au secteur culturel, cela aurait évidemment des
conséquences catastrophiques sur la création culturelle
telle que nous la connaissons aujourd’hui. En effet, non
seulement les quotas de diffusion d‘œuvres sur base de
critères de nationalité ou de langue seraient supprimés
à la radio comme à la télévision, mais le même
traitement serait réservé à toutes les aides à la
création ou aux subventions de fonctionnement. Les
studios d’Hollywood ou les multinationales du disque
pourraient donc attaquer en justice la Communauté
française pour concurrence déloyale en cas de maintien
de ces dispositifs !
Aujourd’hui, les Etats-Unis complètent leur stratégie de
libéralisation en négociant avec chaque Etat des accords
bilatéraux de libéralisation du commerce par lesquels
ils tentent d’obtenir notamment la libéralisation du
secteur culturel. Dans un grand jeu d’échecs qui se joue
sur tous les continents, ils forcent les gouvernements à
renoncer à leur souveraineté dans les matières
culturelles.
Pour éviter que de tels scénarii n’aboutissent, les pays
soucieux de préserver une création culturelle autonome
-la France, la Belgique, …- avaient obtenu dans un
premier temps, à la demande des professionnels de la
culture, que notre secteur ne soit pas intégré dans le
champ des négociations commerciales au nom de
l’exception culturelle. Pour autant, ce statut
particulier est sans cesse remis en cause au sein de l’OMC
et n’est accepté outre-Atlantique que comme une
protection temporaire. Malgré ces pressions, l’UNESCO a
adopté en 2001 une déclaration de principe qui
consacrait la diversité culturelle comme une richesse
pour l’humanité dans son ensemble et appelait à sa
préservation. Aujourd’hui, des négociations sont en
cours au sein de l’UNESCO pour adopter une convention «
contraignante » visant à protéger sur le long terme le
secteur culturel de la logique concurrentielle propre
aux négociations commerciales, intitulée la Convention
pour la protection des contenus culturels et des
expressions artistiques.
Le
calendrier des négociations est serré puisque, cette
Convention devrait être votée lors de la prochaine
assemblée générale de l’Unesco qui se tient au mois
d’octobre 2005.
Pour que ces négociations permettent de maintenir une
diversité culturelle mais aussi pour faire face aux
nouvelles menaces que porte en elle la directive
Bolkestein sur la libéralisation des services, il faut
impérativement que l’ensemble des secteurs culturels se
mobilisent. En effet, les secteurs de la musique et du
cinéma seraient sans aucun doute les premiers concernés
mais il est vraisemblable qu’à terme l’ensemble du monde
culturel serait touché. Il convient dès lors d’agir
collectivement pour défendre le droit de nos pays de
mener une politique culturelle et d’intervenir (plus
encore qu’aujourd’hui !) pour soutenir la création et la
diffusion d’oeuvres culturelles.
Afin de faire entendre leurs voix, les professionnels de
la Culture se mobilisent avec succès depuis plusieurs
années, d’abord lors des négociations du Gatt au début
des années 90, puis contre le projet avorté d'Accord
multilatéral sur les investissements (AMI) et enfin,
aujourd’hui, pour qu’une Convention forte pour la
diversité culturelle soit adoptée par l’Unesco. Ce
combat est mené dans le cadre de coalitions créées au
Québec et en France dès 1998, puis plus récemment dans
d’autres pays, dont la Belgique puisque la Coalition
francophone belge s’est constituée au mois d’octobre
dernier. Ces coalitions se sont regroupées au sein d’un
Comité international de Liaison qui coordonne leurs
activités.
Cet effort doit être renforcé afin de peser sur les
opinions et les gouvernements.
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Plan de fréquence radio
Quand diversité
rime avec parts de marché
Au terme de sept années de déboires juridico-politiques, le
gouvernement de la Communauté française a approuvé, le 31 mars
dernier, la liste des fréquences FM attribuables aux radios
privées francophones: 200 fréquences partagées entre 6 réseaux, 80
fréquences pour des radios indépendantes et 31 pour des radios
d'école.
Il s'agit en fait de la première étape d'une procédure qui devrait
aboutir, d'ici six mois, à la finalisation d'un plan de fréquence.
En établissant celui-ci, la Communauté française assume enfin son
rôle de gestionnaire d'une ressource rare: l'espace public
radiophonique.
L'accès aux ondes étant limité par des contraintes techniques, le
rôle de l'Etat est en effet de le répartir entre une multitude de
candidats les plus divers, en fonction de critères censés être
objectifs et garantir la pluralité de l'offre radiophonique.
Au terme de cette première étape, le Gouvernement devait donc se
contenter d'établir une "coquille vide", constituée de lots de
fréquences faisant ensuite l'objet d'un appel d'offre public.
Mais, à y regarder de plus près, il apparaît que la coquille n'est
vide qu'en apparence.
En effet, les principaux candidats aux fréquences (1) ne doutent
plus aujourd'hui des lots qu'ils se verront attribuer au terme
d'une procédure qui, pourtant, débute à peine! Bénéficiant de
relais politiques privilégiés, ceux-ci ont joué un rôle
prépondérant dans l'élaboration de "leur" futur plan; obtenant par
exemple la reconduction de fréquences utilisées illégalement
depuis des années, voire même des fréquences à bon confort
d'écoute retirées à certaines radios "indépendantes".
Pour l'essentiel, tout porte donc à croire que les jeux sont déjà
faits. A travers une procédure caricaturale qui s'est résumée à un
intense lobbying, le Gouvernement semble avoir taillé un plan sur
mesures pour les multinationales de l'audiovisuel.
Ce n'est pas la lecture de la presse de ces dernières semaines qui
nous démentira. On a pu y lire très explicitement comment le MR a
défendu les intérêts de Bel RTL et de Radio Contact, le PS ceux du
réseau Ciel FM de Guy Mathot et Daniel Weekers (Déficom,
ex-directeur de Canal + Belgique)...
Les miettes pour les
radios indépendantes
Malgré tout, certains réseaux trouvent encore matière à s'indigner
et mènent aujourd'hui campagne contre "l'extrême gourmandise" de
la RTBF en matière de fréquences. Que leurs inquiétudes soient
fondées ou non, venant des principaux groupes qui ont élaboré le
plan en sous main, on hésite à qualifier cette démarche de
pathétique ou d'indécente.
D'autant plus que le déséquilibre qu'ils dénoncent entre secteur
public et réseaux privés semble bien futile au regard de
l'inégalité créée dans le plan entre réseaux et radios
indépendantes.
En effet, le nouveau plan constitue un très net recul pour les
radios indépendantes, dont la situation actuelle est pourtant déjà
loin d'être enviable. Alors que certains émetteurs de réseaux sont
prévus pour atteindre des puissances dépassant les 10.000 watts,
la plupart des fréquences prévues pour les "indépendantes"
plafonnent à 100 watts!
Ce sont bien elles, déjà reléguées à des fréquences où le nombre
d'émetteurs est plus important et la puissance plus faible, qui
feront les frais des marchandages politico-financiers qui ont
émaillé la conception du plan de fréquence.
Ce sont encore elles qui devront se partager les miettes d'un
festin déjà consommé, où d'aucuns ont encore la velléité
s'approprier les rares bonnes fréquences qui leur sont attribuées
pour, au mieux, les "échanger" contre de moins bonnes.
Mais, au fait, qu'entend-on par "radios indépendantes"? Cette
catégorie "fourre-tout", consacrée par le décret audiovisuel de
1997, rassemble un conglomérat de radios aux réalités
difficilement assimilables: radios commerciales locales, radios
associatives, universitaires, etc. La seule chose qu'elles ont en
commun est la restriction à un seul émetteur!
Radios du troisième
type: "privées"... de statut!
Aux premières loges des fréquences menacées, se trouvent les
radios du troisième type, dites aussi "associatives", "socio-culturelles"
ou "citoyennes". Radios d'expression libre, de création,
universitaires, voix des communautés étrangères et autres, elles
ont en commun l'audace, la liberté de ton et un mode de
fonctionnement participatif. Loin du conformisme induit par la
pression des annonceurs et des régies publicitaires.
Pourtant, aucun statut ne différencie ces radios du reste des
"indépendantes". Pas de "discrimination positive" pour elles,
puisqu'aucun texte légal ne leur reconnaît une quelconque
spécificité (2)! Cette absence de reconnaissance pèse lourd pour
les radios du troisième type. Par exemple, c'est au même titre que
n'importe quelle radio commerciale qu'elles sont redevables de
droits d'auteurs et d'interprètes toujours plus conséquents
(3).
De même, elles n'émargent à aucun dispositif de subventionnement
dans le champ de l'Audiovisuel. Et ne peuvent pas prétendre à
l'aide d'un autre secteur de la Communauté française, puisqu'avant
d'être "non-marchandes" ou "d'éducation permanente", elles sont
avant tout considérées comme des "radios", "privées" comme toutes
les autres...
Ni subventions, ni recettes publicitaires, ni tarifs
préférentiels... Et pourtant, elles existent!
Les radios du troisième type continuent leur travail de
défrichage, de médiation, d'expérimentation et de formation.
Ouvertes à l'expression de catégories de la population qui ne sont
pas ou peu représentées dans les médias traditionnels, elles se
substituent à la mission du service public quant à son obligation
de diversité.
Une vision
entrepreneuriale
A l'instar de la politique culturelle, on dit souvent qu'il n'y a
pas de politique de l'audiovisuel en Communauté française. En
réalité, il semble bien qu'il en existe une. En déroulant le tapis
rouge aux grands groupes médiatiques, en négligeant les radios
indépendantes et en niant la spécificité des radios du troisième
type (4), la Communauté française dessine une vision entrepreneuriale
du paysage radiophonique où seuls prévalent les critères
économiques: rentabilité, professionnalisation, parts de marché...
Ainsi s'annonce la procédure d'appel d'offre. C'est désormais au
Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA), une instance chargée de
garantir une "diversité du paysage radiophonique et un équilibre
entre les différents types de radios, au travers de l'offre
musicale, culturelle et d'information", qu'il revient d'examiner
les offres déposées par les radios puis de procéder, enfin, à
l'attribution des fréquences. Le CSA réussira-t-il à s'affranchir
des préférences gouvernementales pour tracer les contours d'un
plan de fréquence réellement équilibré par le biais d'une
procédure transparente?
Quant à la prochaine majorité gouvernementale, aura-t-elle la
clairvoyance de réintégrer la dimension culturelle dans le paysage
des radios privées en sortant les radios du troisième type de la
précarité?
C'est aussi
un peu à nous tous d'en décider...
(1) Les 6 grands réseaux sont destinés, par ordre décroissant, à
Bel RTL, Contact, Ciel FM, Nostalgie, NRJ et Fun.
(2) "Plan de fréquences : les radios associatives tirent la
sonnette d'alarme", carte blanche parue dans Le Soir du 17 Avril
1999.
(3) De plus, la répartition des droits facturés aux radios
associatives par les sociétés d'auteurs et d'interprètes ne tient
pas compte de la spécificité de la programmation des radios
associatives. Au final, les artistes dont elles diffusent les
oeuvres ne sont pas ceux qui en bénéficient puisqu'il s'agit
essentiellement d'artistes encore peu connus.
(4) En 1997, le décret prévoyait bien une vague priorité dans
l'attribution des fréquences à des radios "indépendantes à
vocation culturelle", ce qui constituait pour les optimistes un
semblant de début de reconnaissance. Mais même cette allusion a
disparu, en 2003, suite à une réforme du Ministre Richard Miller.
Signataires:
Atelier de création sonore et radiophonique
OSR, Soignies
Radio Air Libre, Bruxelles
Radio Campus, Bruxelles
Radio El Wafa, Bruxelles
Radio Hellena, Louvain-la-Neuve
Radio Panik, Bruxelles
Radio Universitaire Namuroise, Namur
Radio UMH, Mons
Radioswap.net, réseau d'échanges de programmes
Tam Tam Radio, Eghezée
etc...
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Non aux Brevets Logiciels en Europe!
Le logiciel libre est né d'un besoin réel d'expérimenter de
nouvelles pratiques, d'ouvrir de nouvelles voies, de rechercher
des systèmes plus stables et plus performants. C'est aussi une
manière de se libérer de l'emprise écrasante des multinationales
comme micro$oft, sans quoi, une telle avancée serait alors
impossible.
Nous estimons en général que le fait de breveter une découverte,
un produit, une idée, va à l'encontre même du progrès et est
clairement contre-productif, en effet, imaginez le coût qu'un
chercheur ou un informaticien aurait à payer si sa découverte ou
son programme venait à contenir une ou plusieurs idées déjà
brevetées.
Les petites sociétés et les pays
en voie de développement seraient alors fortement affectés car
n'ayant pas les moyens de s'offrir ces brevets, contrairement aux
puissants de ce monde qui pourront sans difficulté déposer et
acheter ces brevets.
Nous nous indignons face à une telle injustice et nous invitons
l'Europe à faire preuve de bon sens en tenant tête face aux
pressions des lobbys de toutes parts.
Considérez que la plupart des logiciels seront illégaux en Europe si cette dangereuse directive est
acceptée sans modifications.
La
Commission
et le
Conseil des Ministres Européens poussent une
brevetabilité logicielle sans limites, sous la pression de
multinationales et de juristes en brevets.
Ils
négligent la
décision votée démocratiquement du Parlement Européen le
24 septembre dernier avec le soutien de plus de
300.000 citoyens,
2.000.000 d'entreprises, de nombreux
économistes et
scientifiques.
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