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Direction la prison pour le président du FN belge

Manuel Abramowicz

Le président-fondateur du Front national belge a été condamné à passer un an derrière les barreaux. « Exilé » en France, Daniel Féret n’a pu être arrêté immédiatement comme le demandait le juge. C’est la première fois en Belgique qu’un président de parti politique est envoyé en prison. Ironie du sort : il s’agit du FN, le parti qui affirme lutter contre les « magouilles » des « politiciens pourris ». Cet épisode de la série « Daniel Féret au tribunal » semble indiquer la fin du « féretisme ». Les dissidents du nouveau FN ont maintenant la voie libre… pour former un véritable parti nationaliste-populiste du côté francophone du pays.

Ce lundi 2 juin, aux premières heures de la matinée, le tribunal correctionnel de Namur a condamné Daniel Féret, président-fondateur du parti d’extrême droite belge Front national (FN), a un an de prison ferme. Son arrestation immédiate a été demandée par le juge namurois. N’étant pas présent à l’audience, le prévenu n’a cependant pas pu être mis aux arrêts. Selon des informations recueillies, Daniel Féret coule actuellement des jours paisibles dans sa villa du Cap D’Agde, à la côte d’Azur française.

La condamnation contre Daniel Féret de ce 2 juin a été prononcée dans un dossier pour faux et usage de faux, suite au dépôt de fausses signatures de citoyens pour pouvoir présenter la liste du FN aux élections européennes de 2004. Egalement poursuivie, sa compagne, la députée bruxelloise Audrey Rorive, a été condamnée à neuf mois de prison avec sursis.

En avril 2006, la justice avait déjà condamné Féret, avec Georges-Pierre Tonnelier, un jeune cadre frontiste, dans le cadre d’un dossier pour racisme, suite à une plainte déposée par le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, le service public chargé par le Parlement belge de l’application de la loi antiraciste.

Coup de massue

Depuis le milieu des années 1990, RésistanceS, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite, a révélé systématiquement les divers agissements illégaux du Front national belge, fondé en 1985 à Bruxelles par Daniel Féret et présidé depuis lors sans discontinuité par ce dernier. En effet, il y a déjà plus de dix ans, des témoignages de membres ou d'anciens membres du FN avaient été diffusés, entre autres lors de l’émission télévisée de la RTBF « Au nom de la loi », affirmant que des pratiques hors-la-loi avaient été commises par le parti d'extrême droite, notamment dans le cadre du recueil de signatures d’électeurs pour pouvoir déposer des listes électorales.

A plusieurs reprises, les pratiques illégales du FN auraient pu être stoppées. Cependant, « Daniel Féret et sa bande » semblaient jouir à ce niveau-là d'une certaine impunité. Ce qui permit au Front national de continuer à se présenter aux différentes élections et d’y obtenir des élus.

Aujourd'hui, la justice vient de donner un véritable coup de massue à Daniel Féret. Les carottes semblent être définitivement cuites pour lui et ses derniers bras droits, dont le député fédéral de Charleroi, Patrick Cocriamont, un pur et dur proche de la revue française antisémite Réfléchir & Agir.

La condamnation à un an de prison ferme rendue ce 2 juin devrait signifier la réelle fin du « féretisme ». Une fin pourtant annoncée depuis belle lurette par les différents et nombreux dissidents du Front national et ses opposants groupusculaires membres de la même famille idéologique.

Le parti anti-pourris… magouille !

Avec cette condamnation à de la prison ferme, la donne a radicalement changé. La voie est désormais réellement ouverte pour la succession à la « propriété FN ». Ce sont les derniers dissidents en date qui pourront se l’accaparer sans trop de soucis. Les anti-Féret se sont regroupés depuis le mois de septembre de l'année passée derrière un « nouveau » Front national présidé par le tandem Michel Delacroix-Patrick Sessler, respectivement président ff et sénateur pour l’un et secrétaire général et député régional bruxellois pour l’autre.

Le FN sans Féret aux mains de Delacroix-Sessler et leurs partisans (l'ensemble des députés régionaux wallons du parti) pourra maintenant se développer sous la forme structurée d'un véritable parti politique. Ce que le président-fondateur frontiste n'avait jamais su ni voulu faire, le but de Daniel Féret étant de garder indéfiniment les rênes du pouvoir dans son intérêt personnel. Cependant, Daniel Féret n'avait pas pensé qu'un jour la Justice belge allait sévèrement le sanctionner, après plus de 20 ans d'activités politiques douteuses.

Actuellement « réfugié » dans sa villa au Cap d'Agde (sud de la France), le condamné Daniel Féret crie tout naturellement au « complot » et à l'injustice judiciaire. Il annonce vouloir interjeter appel. Il a 15 jours pour entamer une telle procédure.

Ironie de cette « affaire judiciaire » à rebondissement : Daniel Féret s’était lancé en politique au début des années 1980, sous l’exemple de Jean-Marie Le Pen et de son Front national français, pour faire le « ménage » d’une classe politique « pourrie », selon l’expression favorite de l’extrême droite. La dénonciation des « magouilles politico-judiciaires » qui éclaboussèrent au milieu des années 1990 le monde politique fut l’un des principaux fonds de commerce à succès de la droite nationaliste et populiste. Aujourd’hui, c’est la justice qui a fait le ménage : Daniel Féret est exclu de la vie politique belge pour des irrégularités judiciaires. De plus, la série « Féret au tribunal » n’est pas terminée.

Prochainement, d’autres dossiers déboucheront devant la justice pour des motifs encore plus déshonorants pour celui qui voulait devenir le représentant du peuple contre l’establishment.

Via Féret, c’est au tour de l’extrême droite d’être éclaboussée et rattrapée par ses propres « magouilles politico-judiciaires ». Ses slogans populistes anti-partis traditionnels ne pourront plus rien n’y faire.

Manuel Abramowicz
RésistanceS

 02-06-2008

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