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Diversité Culturelle !

Depuis quelques années, les citoyens d’Europe se sont rendu compte de l’importance des décisions prises au sein d’instances comme l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Pour les professionnels des secteurs culturels, ce devoir de vigilance engagé depuis plus de quinze ans est plus important encore !

En effet, l’OMC s’est donné pour objectif à long terme d’ouvrir et de libéraliser l’ensemble des secteurs d’activité. Concrètement, cela signifie que chaque pays membre de l’OMC devra accepter sans restrictions tarifaires les « produits » des autres pays membres et qu’il ne pourra prendre aucune mesure qui fausserait la concurrence, c’est-à-dire qui favoriserait les « produits » nationaux par rapport à leurs concurrents étrangers.

Si cette logique de libéralisation devait être imposée au secteur culturel, cela aurait évidemment des conséquences catastrophiques sur la création culturelle telle que nous la connaissons aujourd’hui. En effet, non seulement les quotas de diffusion d‘œuvres sur base de critères de nationalité ou de langue seraient supprimés à la radio comme à la télévision, mais le même traitement serait réservé à toutes les aides à la création ou aux subventions de fonctionnement. Les studios d’Hollywood ou les multinationales du disque pourraient donc attaquer en justice la Communauté française pour concurrence déloyale en cas de maintien de ces dispositifs !

Aujourd’hui, les Etats-Unis complètent leur stratégie de libéralisation en négociant avec chaque Etat des accords bilatéraux de libéralisation du commerce par lesquels ils tentent d’obtenir notamment la libéralisation du secteur culturel. Dans un grand jeu d’échecs qui se joue sur tous les continents, ils forcent les gouvernements à renoncer à leur souveraineté dans les matières culturelles.

Pour éviter que de tels scénarii n’aboutissent, les pays soucieux de préserver une création culturelle autonome -la France, la Belgique, …- avaient obtenu dans un premier temps, à la demande des professionnels de la culture, que notre secteur ne soit pas intégré dans le champ des négociations commerciales au nom de l’exception culturelle. Pour autant, ce statut particulier est sans cesse remis en cause au sein de l’OMC et n’est accepté outre-Atlantique que comme une protection temporaire. Malgré ces pressions, l’UNESCO a adopté en 2001 une déclaration de principe qui consacrait la diversité culturelle comme une richesse pour l’humanité dans son ensemble et appelait à sa préservation. Aujourd’hui, des négociations sont en cours au sein de l’UNESCO pour adopter une convention « contraignante » visant à protéger sur le long terme le secteur culturel de la logique concurrentielle propre aux négociations commerciales, intitulée la Convention pour la protection des contenus culturels et des expressions artistiques.

Le calendrier des négociations est serré puisque, cette Convention devrait être votée lors de la prochaine assemblée générale de l’Unesco qui se tient au mois d’octobre 2005.

Pour que ces négociations permettent de maintenir une diversité culturelle mais aussi pour faire face aux nouvelles menaces que porte en elle la directive Bolkestein sur la libéralisation des services, il faut impérativement que l’ensemble des secteurs culturels se mobilisent. En effet, les secteurs de la musique et du cinéma seraient sans aucun doute les premiers concernés mais il est vraisemblable qu’à terme l’ensemble du monde culturel serait touché. Il convient dès lors d’agir collectivement pour défendre le droit de nos pays de mener une politique culturelle et d’intervenir (plus encore qu’aujourd’hui !) pour soutenir la création et la diffusion d’oeuvres culturelles.

Afin de faire entendre leurs voix, les professionnels de la Culture se mobilisent avec succès depuis plusieurs années, d’abord lors des négociations du Gatt au début des années 90, puis contre le projet avorté d'Accord multilatéral sur les investissements (AMI) et enfin, aujourd’hui, pour qu’une Convention forte pour la diversité culturelle soit adoptée par l’Unesco. Ce combat est mené dans le cadre de coalitions créées au Québec et en France dès 1998, puis plus récemment dans d’autres pays, dont la Belgique puisque la Coalition francophone belge s’est constituée au mois d’octobre dernier. Ces coalitions se sont regroupées au sein d’un Comité international de Liaison qui coordonne leurs activités.

Cet effort doit être renforcé afin de peser sur les opinions et les gouvernements.