Sur Fox TV la Torture
comme Divertissement
Une série de Fox TV intitulée " 24 " faisant l'apologie de la torture, est accusée de servir de modèle au personnel militaire US en Irak.
Impact de la Série 24 sur les militaires en Irak
L'automne dernier, le
principal de West Point (prestigieuse école militaire des US) le Brigadier
Général Patrick Finegan, accompagnés de militaires expérimentés et
d'interrogateurs du FBI et de représentants de l'ONG Human Rights First ont
rencontré l'équipe de créateurs à l'origine de cette série " 24 " programmée sur
Fox TV et leur ont demandé d'arrêter d'utiliser la torture dans leur série car
des soldats américains en copiaient les méthodes.
Les informations présentées ci-dessous proviennent d'une interview sur Démocracy
Now, de deux représentants de cette délégation : un ancien interrogateur de
l'armée US Tony Lagouranis qui a servi un an en Irak, et David Danzig directeur
d'un projet intitulé " Prime Time Torture Project " pour l'ONG US Human Rights
First.
Cette série de Fox TV a une audience hebdomadaire d'environ 15 millions de
téléspectateurs. qui fait un tabac depuis sa première diffusion en 2001, et qui
montre des scènes de torture. Chaque épisode de " 24 " décrit une journée tendue
au cours de laquelle un agent du contre terrorisme Jack Bauer a juste 24 heures
pour stopper un complot terroriste qui met en danger le pays. Confronté au
scénario de la "ticking time bomb "(1)
, Bauer choisit invariablement d'avoir recours à la torture pour obliger les
suspects à divulguer des informations cruciales.
Certaines des méthodes de torture utilisées dans " 24 " comprennent
l'utilisation de drogues, le simulacre de noyade, l'électrocution ou trouer
l'épaule d'un homme à l'aide d'une perceuse. Durant ces 5 saisons de
présentation de la série il y a eu pas moins de 67 cas de torture selon le "
Conseil des Parents sur la Télévision ", ce qui représente plus d'un acte de
torture par épisode.
Selon Tony Lagouranis, des interrogateurs servant en Irak ont copié certaines
méthodes et postures utilisées dans ce programme. " …Quand nous avons mené des
interrogations en Irak en 2004, on nous a dit que les Conventions de Genève ne
s'y appliquaient pas. Alors nous n'avons pas eu de formation nous informant de
ce que nous devions faire, puisque nous avions été formé selon ces Conventions.
Donc les gens empruntaient des idées à la TV. Et parmi les choses qu'ils
empruntaient à la TV il y avait le simulacre de noyade, de fausses exécutions,
utilisant de fausses scènes de torture. Ils voulaient raccorder l'un de nos
traducteurs à un générateur et prétendre qu'ils le torturaient et autoriser les
prisonniers à voir cela afin qu'ils pensent qu'ils allaient expérimenter les
mêmes choses…. Je n'ai pas vu de soldats regarder la série " 24 " en Irak mais
je me rappelle avoir vu des gens regarder des séries TV décrivant la torture, et
" 24 " a pu faire partie de ces séries… "
Selon David Danzig de Human Rights First, qui a effectué une étude sérieuse sur
le sujet, il y a eu une augmentation drastique des émissions TV reproduisant des
scènes de torture depuis les attentats du 11 septembre. Avant il y avait une
moyenne d'environ 4 scènes de torture, maintenant on est passé à 100. Ce qui est
plus inquiétant c'est qu'avant c'était les mauvais, du genre nazis ou extra
terrestres qui torturaient, et la torture ne fonctionnait jamais. Mais
maintenant ce sont des " héros " du type de Jack Bauer, et avec eux cela
fonctionne toujours.
Donc le message que les 18, 19, 20 ans, soldats en Irak et en Afghanistan
reçoivent, c'est que des chics types utilisent la torture et que cela
fonctionne.
" C'est très séduisant de voir Jack Bauer tous les lundi soir sauver le monde en
utilisant ce genre de tactique. La suggestion ce n'est pas que ces tactiques
sont faciles ou belles, mais qu'elles fonctionnent et font de vous un héros. "
selon David Danzig.
Tony Lagouranis, interrogé pour savoir si la torture fonctionnait, a répondu :
" D'après mon expérience, non. J'ai vu la torture en Irak. J'ai même employé des
techniques de torture. Selon mon expérience cela ne fonctionne pas. Je pense que
vous allez obtenir de fausses informations quand vous utilisez des méthodes de
torture.… On a utilisé des trucs comme l'hypothermie, les positions de stress,
privation de sommeil durant de longues périodes. J'ai utilisé des chiens de
l'armée, passer de la musique assourdissante et utilisé des lumières
éblouissantes. Ces choses sont inefficaces. Et quand les gens parlaient
effectivement, ils nous disaient soit des choses qu'on connaissait déjà ou ils
avaient tendance à nous induire en erreur. Une méthode beaucoup plus efficace
c'est d'obtenir de la personne qu'elle discute avec vous pendant longtemps, de
sorte que vous pouvez vérifier selon ce qu'elle dit la véracité de ses
informations, voir si elle se contredit, obtenir des détails spécifiques. Avec
la torture vous pouvez obtenir une confession ou une seule déclaration mais
c'est très difficile de vérifier lors de l'interrogatoire ce qu'ils disent. "
Selon David Danzig qui reprenait ce qu'avait dit le Brigadier Général Patrick
Finegan, c'est qu' " en fait l'une des raisons pour laquelle il était très
intéressé de participer à cet entretien avec les créateurs de la série c'est que
lui et d'autres éducateurs, pas seulement à West Point, mais aussi d'autres
personnes qui formaient des interrogateurs, avec qui nous avions parlé, avaient
dit que dans leurs classes Jack Bauer revenait tout le temps. Quand j'en ai
parlé à l'un des colonel de West Point, il a dit : " Oh, mon D. ! " 24 " est
l'un des plus gros problèmes que j'ai pour enseigner dans mes classes. Chacun
veut être comme Jack Bauer. Ils pensent tous que cela peut être possible ou
qu'il y a des moments ou vous devriez franchir la ligne. "
Selon un article de Jane Mayer, paru sur le même sujet dans The New Yorker, la
série " 24 " est unes série " favorite " à la Maison Blanche. Surnow, l'un des
co-auteurs de la série, qui s'appelle lui-même un " fou de droite " a rencontré
Karl Rove, de même que Tony Snow (des proches de Bush), Mary Cheney et Lynne
Cheney la femme et la fille du vice président Dick Cheney.
L'intervention de la délégation aurait eu un impact positif sur l'équipe de " 24
" qui aurait promis de diminuer les scènes de torture, non pas tant parce qu'ils
pensaient que c'était mal ou immoral ou illégal, mais parce qu'on leur avait
fait remarqué que c'était vraiment trop grossièrement caricatural.
Tony Lagouranis depuis son retour d'Irak a entrepris de parler de la torture, et
de cette série " 24 ", pas seulement pour l'effet qu'elle a sur les jeunes
recrues de l'armée américaine mais aussi sur l'opinion publique en général.
" …J'ai parlé sur la torture depuis que je suis revenu d'Irak, et les gens font
toujours mention du scénario de la " ticking time bomb " comme raison pour
légaliser la torture. Les professionnels – les interrogateurs professionnels ne
veulent pas de la torture, l'armée ne veut pas de la torture, le FBI n'en veut
pas non plus. La CIA a fait des études et ils ont dit que la torture ne
fonctionnait pas et que cela fournissait de fausses informations. D'où vient
cette idée qu'il faut torturer pour combattre le terrorisme ? Cela vient des
médias, selon mon opinion. "
Tany Lagouranis va publier prochainement un livre intitulé " Fear Up Harsh: An
Army Interrogator's Dark Journey Through Iraq. "
Les informations contenues dans cet article proviennent de
Democracy Now
: " Is Torture on Hit Fox TV Show “24” Encouraging US Soldiers to
Abuse Detainees? " 22/02/07
Note
(1) Selon Darius Rejali,
professeur de science politique au College Reed et auteur d'un livre qui devrait
bientôt sortir intitulé " Torture et Démocracy ", le concept de " ticking
time bomb " est apparu pour la première fois dans un roman français de Jean
Lartéguy de 1960 " Les Centurions ", écrit pendant l'occupation brutale de
l'Algérie par la France. Le héros du roman, après avoir battu une femme arabe
résistante et l'avoir soumise, découvre un complot imminent concernant
l'explosion de bombes partout en Algérie et doit livrer une course contre la
montre pour arrêter cela. Selon Rejali qui a étudié des documents liés au
conflit franco algérien, cette histoire n'a aucun fondement. Selon lui, le fil
de l'histoire des " Centurions " a fourni aux politiciens français libéraux une
raison plus convenable pour justifier la torture que celle d'un racisme présent
dans la mentalité française qui voulait que les algériens soient des simples
d'esprit qui ne comprenaient que le langage de la force. Le scénario de Lartéguy
exploitait un sentiment d'insécurité partagé par de nombreuses sociétés
libérales : leur système légal rationnel les rendaient vulnérables aux menaces
sécuritaires.
Ce concept a été repris, et ce n'est pas par hasard, par les israéliens, au
point d'en faire la justification d'une loi légalisant la torture qui a été
abolie en 1999. Malgré tout, ce concept de " ticking time bomb " est repris
systématiquement en Israël pour justifier la torture des prisonniers
palestiniens. L'arrestation, la détention administrative arbitraire de milliers
de palestiniens y compris des femmes et des enfants, dont certains en détention
pendant des mois voire des années sans être jugés ni même connaître le motif de
leur incarcération classé " secret ", s'accompagnent d'actes de torture plus "
raffinés ", qui ne laissent pas de trace et auxquelles participent du personnel
médical et psychologique israéliens. D'anciens prisonniers irakiens ont dit
avoir été torturés par des agents israéliens à Abu Graib.
Comme quoi la sauvagerie de la guerre d'Algérie, qui n'a toujours pas été
reconnue par les plus hautes instances de l'état et qui mérite pourtant des
excuses au même titre que pour la participation du gouvernement Pétain à la
déportation des français juifs, a fait des émules, y compris parmi ceux qui
usent et abusent du terrible drame que fut la Shoah.
Traduction et Synthèse :
Mireille Delamarre
Source :
planetenonviolence.org
Dimanche 25 Février 2007
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Publié par
Basta !
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